mardi 18 mars 2014

Focus : France 1900, quelle place pour la femme militaire ? (Mots-clés : amazones, guerrières, Dahomey)


Dans le passionnant ouvrage, paru en 1905, du docteur Legrand, médecin-major au 3e régiment de dragons, L'Assistance féminine en temps de guerre, nous pouvons lire avec stupéfaction "le courage physique, l'audace qui mènent à la lutte ne sont pas l'apanage exclusif du sexe fort ; l'aptitude belliqueuse de la femmes s'est révélée en maintes occasions, par sa participation directe au combat ; elle se manifeste à l'état rudimentaire, dans la parodie guerrière du crêpage du chignon et peut s'épanouir, en tout son éclat, en poussant les initiatives féminines aux héroïques entreprises." Si de nos jours pareils propos peuvent nous paraitre banals, il n'en est rien pour l'époque. Des termes qui montrent une large ouverture et une réelle liberté de ton pour un militaire d'autant plus de la cavalerie, arme ô combien traditionnelle. Cependant Legrand affirme, par l'exemple, que la "participation habituelle des femmes aux actes mêmes de la bataille parait toutefois être demeurée spécifique aux peuples dans l'enfance", ce que l'auteur qualifie de "période héroïque du féminisme militaire", que Jeanne d'Arc, Jeanne Hachette, les femmes soldats de la révolution et les quelques combattantes de la guerre de 1870-1871 viendront clore. En effet, l'auteur a raison, ces épopées féminines "ne cadrent plus avec le sort réservé à la femme dans les sociétés constituées", occidentales et bourgeoises du 19e siècle, à mesure que s'élèvent la pression des idées morales et religieuses.

Coll. Pineau


En ce début du 20e siècle "l'assistance féminine en temps de guerre" est donc à définir, d'autant plus que les sociétés de la Croix-Rouge française se développent et que les cantinières connaissent leurs derniers jours. Des femmes armées ? Impensable. C'est, bien entendu, la délicatesse et l'altruisme qui intéressent chez la femme : "la femmes est entraînée vers les oeuvres d'assistance aux blessés militaires par sa nature éprise d'enthousiasme et de dévouement. Aller vers la souffrance dans le décor des fins de bataille, dispenser la douceur après la violence des luttes : c'est réaliser les rêves de son imagination et les aspirations de sa charité." Les velléités guerrières de la femme moderne ont donc aux yeux de Legrand une dimension imaginaire dans l'esprit de ces dernières à laquelle il faut répondre par l'obtention d'un rôle charitable. Car, "en effet, l'organisme féminin n'est pas adapté par la nature aux secousses rudes et continues des luttes violentes". C'est donc en s'appuyant sur des notions biologiques, physiques, que Legrand met un terme à toute possibilité d'une participation combattante des femmes en temps de guerre. Nous sommes donc loin du choix des rois du Dahomey qui firent des femmes, les Agolledjes, le corps d'élite de leur armée. Dotées d'uniformes, armées de fusils, de machettes ou de casse-tête, enrégimentées, ces dernières combattent d'ailleurs nos troupes coloniales lors des campagnes du Dahomey de 1890 puis de 1892 à 1894, affrontant même les hommes de la Légion dans de violents corps à corps. "Leur vigueur, leur agilité et leur bravoure étonnèrent" les militaires qui se trouvèrent face à elles.

Coll. Pineau
Coll. Pineau



La femme combattante en France est donc un fait impensable, considéré comme une farce de mauvais gout à la limite de l'érotisme voire de la pornographie. La presse comme la carte postale n'y voient qu'un travestissement qui portera atteinte aux bonnes moeurs. La guerrière a donc sa place dans la légende antique (Walkyries, Amazones, déesses, etc.). Il est toujours plus facile de magnifier le passé que de répondre au présent... Terminons par ces quelques lignes empruntées au colonel Romain dans Les Guerrières, paru en 1931 : "C'est dans l'imaginaire qu'est l'enthousiasme, c'est dans le coeur qu'est le dévouement. Les femmes sont donc plus naturellement héroïques que les héros. Et, quand cet héroïsme doit aller jusqu'au merveilleux, c'est d'une femme qu'il faut attendre le miracle. Les hommes s'arrêteraient à la vertu." Des propos à méditer ?

Frédéric Pineau

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