vendredi 15 mai 2015

Réédition : "À la Pentecôte, la cerise est notre hôte" : Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ (Mots-clés : Grande Guerre, catholique, résistance, Cavell, Thuliez, Moriamé, Louise de Bettignies)



Rappelons que notre titre vise à dire dans un premier et second temps que les fruits sont là pour la fête du Saint-Esprit et que le jour de la Pentecôte est proche du moment où nous écrivons ce texte. Dans un troisième et quatrième mouvement, il fait allusion au fait que l’ouvrage Princesse et combattante : mémoires de Marie de Croÿ, 1914-1918 nous évoque un réseau de résistance de femmes très chrétiennes (des catholiques et une anglicane) qui accueillit dans des habitations privées des soldats étrangers. Il s’appuya largement sur des curés belges ou français et un architecte Philippe Baucq, fondateur d’une œuvre catholique d’aide aux pauvres d’un quartier de Bruxelles. Princesse et combattante : mémoires de Marie de Croÿ, 1914-1918 est d’ailleurs la réédition sous un autre titre d’un titre écrit en 1931 et paru en 1933 Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ qui contenait une lettre-préface du comte de Broqueville, leader catholique chef du gouvernement belge durant la Première Guerre mondiale et Premier ministre de 1932 à 1934.    



Ce réseau avait comme principales actrices, outre la narratrice Marie de Croÿ, la comtesse Jeanne de Belleville résidant en Hainaut, Édith Cavell (infirmière anglaise à Ixelles en Belgique, au moment de la déclaration de guerre), Louise Thuliez et Henriette Moriamé (jeune fille née dans le Nord). Il s’agissait donc de recueillir des soldats français et anglais, voir des prisonniers russes évadés, et tâcher de leur éviter d’être fusillés (la narratrice raconte que des militaires alliés furent passé par les armes, après avoir été découverts se cachant dans une forêt depuis plusieurs jours) ou les aider à rentrer chez eux via la Hollande. Bruxelles est l’étape intermédiaire, on a des guides pour le parcours Bellignies-Bruxelles puis d’autres guides pour Bruxelles-Pays-Bas. Le château de la famille de Marie de Croÿ à Bellignies était situé antre Valenciennes et Maubeuge à moins de cinq kilomètres de la frontière belge. Les deux frères de Marie de Croÿ jouent un rôle non négligeable, tous les trois sont nés d’une mère anglaise et d’un père diplomate belge (ces derniers décédés respectivement depuis 25 et 2 ans au moment de la déclaration de guerre). Le plus jeune frère de la narratrice épouse fin 1918 Jacqueline de Lespinay (fille d’un député royaliste de Vendée qui siégea de 1898 à 1906), lui et la narratrice sont décédés dans un village de la Nièvre. Par contre leur frère aîné, qui épousa une Princesse de Ligne en 1920, mourut près de Bruxelles.  


Marie de Croÿ et Édith Cavell se rencontrent en décembre 1914 d’après les souvenirs de la première (mais il semblerait que ce soit plus tardif) pour coordonner leurs actions réalisées en parallèle. Le réseau est démantelé durant l’été 1915, toutefois certains de ses membres purent s’échapper comme le frère aîné de la narratrice qui gagna les Pays-Bas. Marie de Cröy raconte ensuite son procès puis son emprisonnement en particulier dans la forteresse de Sieburg non loin de Cologne. Pages 147 à 149, elle nous livre les noms et les raisons de l’arrestation d’une vingtaine de résistantes belges ou françaises qui, comme elle, sont enfermées là. C’est là qu’elle rencontre Louise de Bettignies dont elle ne connaissait rien jusqu’alors (page 156) et raconte tant les formes d’opposition qu’elle montre à l’administration que son agonie.  


Du fait des mauvaises conditions d’internement, elle tombe malade. Une multitude d’interventions de personnalités neutres (comme le roi d’Espagne ou le pape) et allemandes ou autrichiennes (l’archevêque de Cologne, ses cousins princes allemands, l’impératrice Zita, etc.) font qu’elle est transférée dans un hôpital à Munster ce qui améliore considérablement ses conditions de vie, qui ne sont pas idylliques pour autant. La narratrice termine en nous contant l’Allemagne de la fin novembre 1918, agitée par les comités de soldats, son retour en Belgique et une conclusion approchant certains aspects de la morale qu’elle tire de son propre engagement et de celui d’autres femmes (comme Gabrielle Petit née à Tournai, elle avait monté un réseau de renseignements).    


Ce texte est introduit par Hélène Amalric en deux pages et on peut regretter qu’il ne soit pas équipé de notes. Ceci pour trois raisons tout d’abord Marie de Croÿ évoque des gens qu’elle ne présente pas, ainsi savoir que ceux qu’elle appelle les cousins de Dulmen sont titulaires d’une principauté située en Rhénanie (ceci aide à comprendre son transfert en Allemagne de la prison à l’hôpital). Ensuite il s’agit là de mémoires et il faut les confronter à l’histoire, ainsi l’auteur, de bonne foi, se trompe parfois sur certains faits ou dates, ainsi Louise Thuliez est donnée comme institutrice à Lille mais elle est professeur de français à Lille dans l’enseignement catholique et d’après l’historienne Élise Rezsöhazy dans un texte intitulé "L’engagement résistant de Marie et Reginald de Cröy au cœur du réseau d’Édith Cavell", par ailleurs elle porte des jugements de valeur sur des personnages ou des faits qu’elle nous impose.  

Alain Chiron

AMALRIC (Hélène), Souvenirs de la Princesse Marie de Croÿ d’Hélène Amalric, Bibliomnibus, 2015, 197 p. 11 euros. Existe aussi au format Kindle (7,99 euros).

mercredi 13 mai 2015

Nouveauté Livre : Frédéric Pineau, FEMMES EN GUERRE, 1940-1946, Tome 2 (mots-clés : seconde guerre mondiale, résistance, collaboration, Etat français, déportation, réfugiés, prisonniers, libération, occupation, zone libre, malgré-elles, résistantes)


Après les femmes de “l’armée de Gaulle” et celles de l’armée de libération, ce tome 2 de Femmes en guerre se consacre au vaste sujet que représentent les civiles en uniforme pendant la Seconde Guerre mondiale : infirmières, conductrices, assistantes sociales, femmes des oeuvres et des associations de secours, des organismes d’État… ou encore des partis collaborationnistes. Nous parcourons à leurs côtés, de 1940 à 1945, la France métropolitaine du Nord au Sud, d’Est en Ouest (zones occupée, libre et annexées d’Alsace et de Moselle), puis nous plongeons dans les heures d’exaltation et de souffrance de la Libération. Viendront le retour des PDR (prisonniers, déportés et réfugiés), la reconstruction physique et morale du pays puis, comme si le temps s’était arrêté définitivement à l’Est, l’occupation de l’Allemagne et de l’Autriche vaincues. Tout au long de ce parcours, aux frontières sinueuses, nous croiserons des femmes d’horizons divers aux trajectoires marquées et modelées par des idéaux, des contraintes, des espoirs quelquefois déçus et des croyances souvent tenaces. Mais presque toujours avec cette simple idée de “Servir”. Quels furent leur action, leur organisation, leurs objectifs, leurs signes distinctifs et leurs uniformes ? En nous interrogeant de la sorte, nous ouvrons une porte sur un passé méconnu. Il est donc temps de comprendre ce que fut l’engagement réel des Françaises pendant la guerre. Au demeurant, il n’y eut pas une seule France, celle de la victoire, se limitant aux Françaises libres de Londres, aux résistantes de l’intérieur et aux “Merlinettes”, mais des France aux destinées contraires qui, tout compte fait, se ressemblent tellement dans le dévouement et l’abnégation.

L'ouvrage, outre un texte abondant, offre une iconographie inédite et fort riche faite de photographies anciennes, d'insignes jusqu'alors non identifiés, d'uniformes et que sais-je encore.





Pour vous mettre en appétit, voici par le menu la liste des organisations, institutions, partis, associations abordés dans ce merveilleux tome 2 :

Les organisations d'entr'aide et de secours des zones libre et occupée, 1940-1944


L'Assistance au devoir national (ADN) ;
L'Assistance sanitaire automobile (ASA) ;
La Croix-Rouge française (CRF) ;
La Section féminine des Amitiés africaines;
La Société des secouristes français, infirmiers volontaires (SF) ;
Le Service automobile féminin français (SAFF) ;
Les Sections sanitaires de l'enfance (SSE) ;
Les Sections sanitaires automobiles féminines (SSA) ;
Le Comité américain de secours civil (CASC) ;



Gros plan 


Avec les conductrices du service des prisonniers de guerre du centre de Charleville ;

Première sortie en uniforme ;

Mouvement.



Les organisations de l'Etat français, 1940-1944


La Milice française ;
La personnel féminin de la Défense passive ;
Le Personnel feminin en uniforme du secrétariat d'état à la Marine et aux Colonies;
Le Secours national (SN) ;
Les assistantes sociales des services sociaux dépendant de la Défense nationale ;
Les Equipes nationales (EN) ;
Les Services médicaux et sociaux de la Légion française des combattants (SMS) ;
Les surveillantes auxiliaires de police et les assistantes de police.

Elles ont choisi l'Allemagne, 1940-1945

Les Française au service de l'Allemagne

La Deutsches Rotes Kreuz (DRK) ;
L'Organisation Todt (OT) ;
La Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF).

Les mouvements collaborationnistes

La Jeunesse de France et d'outre-mer (JFOM) ;
La Ligue française (LF) ;
Le Mouvement social révolutionnaire (MSR) ;
Le Parti franciste (PF) ;
Le Parti populaire français (PPF) ;
Le Rassemblement national populaire (RNP) ;
Les Jeunes de l'Europe nouvelle (JEN).

Elles ont choisi l'Allemagne contre leur gré, 1940-1945

Les Alsaciennes et Mosellanes dans les organisations civiles et militaires du IIIe Reich.

Gros plan 

La Tondue de Chartres.

Reconstruire, aider, rapatrier, occuper, 1944-1945/1947


L'Entr'aide française ;
L'Union des femmes françaises (UFF) ;
L'Union des jeunes filles patriotes (UJFP) et le Service civique de la jeunesse (SCJ) ;
L'United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA) ;
La Mission française de rapatriement (MFR) et le ministère des Prisonniers, Déportes et Réfugiés ;

La Mission militaire de liaison administrative et les Liaison-Secours ;
Le Comité des oeuvres sociales des organisations de résistance (COSOR) ;
Le Corps auxiliaire volontaire féminin (CAVF) ;
Le French Welcome Committee (FWC) ;
Le personnel féminin des Transports militaires automobiles pour les populations civiles (TMAPC) ;
La section féminine du Corps militaire de rapatriement (CMR) ;
Les civiles employées par l'US War Department et l'European Civil Affairs ;
Le personnel féminin des gouvernements militaires des zones françaises d'occupation d'Allemagne et d'Autriche.


Gros plan 

Avec les conductrices-ambulancieres du groupe mobile n°2 de la CRF, de Buchenwald à Prague.

Complément au tome premier

Les Dames auxiliaires des vétérans de la France libre aux USA (The Ladies Auxiliary of the Free French War Veterans) ;
Les volontaires feminines de Fort George G. Meade.



L'ouvrage est paru ce 13 mai 2015. Vous pouvez donc l'acheter sur les sites de vente en ligne ou en librairie (sur commande ou non).

Frédéric Pineau avec la participation de François Ruédy, Christophe Leguérandais, Philippe Guimberteau, Gérad Leray, Femmes en guerre, tome 2, Antony, ETAI, 2013, p.

dimanche 19 avril 2015

L'Afrique lusophone s'invite : Nzingha princesse de l'Afrique de l'ouest et guerrière (mots-clés : Afrique, guerrière, amazone)


En 2000, aux Etats-Unis d'Amérique, parait, sous la plume de Patricia C. Mc Kissack, une noire américaine native du Tenessee, l'ouvrage Nzingha : warrior queen of Matamba. Il est traduit en 2006 chez Gallimard jeunesse dans la collection Mon histoire sous le titre de Nzingha : princesses africaine.



La narratrice y est généralement un personnage historique (telles Anne de Bretagne ou Blanche de Castille) et à défaut quelqu’un qui lui est proche comme la chanteuse de Vivaldi. Trois fois sur quatre, il s’agit d’une fille, celle-ci raconte à peu près une année de sa vie, celle où l'on peut considérer qu’elle passe de l’enfance à l’état adulte, sans jamais passer par une case adolescence qui à l’époque est un âge qui n’entre pas dans les concepts des humains, à quelque endroit où ils vivent. La plupart du temps, c’est à travers un journal tenu régulièrement que l’on suit la vie de la narratrice.




Nzingha est née en 1582 dans ce qui deviendra la colonie portugaise d’Angola jusqu’au milieu des années 1970, époque où non sans difficultés intérieures l’Angola accède à l’indépendance. Patricia C. Mc Kissack choisit de raconter la vie de son héroïne au travers de chroniques mensuelles en indiquant le nom du mois en culture occidentale et en kimbundu (une langue africaine). On démarre en juillet 1595 pour terminer en septembre 1596 (mois où est décidé qui sera son mari). Dès la troisième page Nzingha est présentée avec des potentialités de guerrière :
« Aujourd’hui avec mes amis, j’ai fabriqué des flèches et trempé leurs pointes dans du venin de serpent, comme Njali nous l’a appris. Njalu est le chef des Élus, les gardes du roi et il combat aux côtés de mon père ». (page 9)

C’est un Portugais le père Giovanni Gavazzi, vivant depuis environ vingt ans au Matamba dans l’entourage royal la tribu qui incite Nzingha à tenir son journal lusophone. Dans ce dernier, elle pose la question de la traversée des esclaves depuis l’Angola jusqu’au Brésil. Des auxiliaires des Portugais essaient de s’emparer d’elle alors que Nzingha est isolée avec ses deux sœurs :
« Tandis que je chargeais l’ennemi avec Mukambu, Kifunji a fait du raffut afin qu’ils s’imaginent que nous étions plus nombreux. Puis j’ai poussé un cri de guerre et j’ai lancé des flèches ». (pages 74-75)
Comme d’habitude dans cette collection des pages documentaires terminent l’ouvrage. Ici elles traitent de la vie de l’héroïne depuis son mariage jusqu’à sa mort, la présence portugaise en Angola depuis la fin du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, le devenir des personnages de l’entourage de Nzingha.



Il est dommage que dans cet ouvrage comme dans La reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle de Jean-Michel Deveau, il n’y ait aucune carte géographique. Dans ce dernier titre pour les adultes on suit les rapports fluctuants que notre personnage a entretenu avec les Portugais et le catholicisme. L’ouvrage rappelle que le Manicongo, un peu plus au nord, se convertit au christianisme dès la fin du XVIe siècle. Les relations de Nzingha avec son frère, lorsqu’il devint roi, furent souvent conflictuelles. Ce dernier fit égorger le fils de Nzingha et celle-ci est soupçonnée de l’avoir fait empoisonner. Pour supporter le choc psychologique des départs définitifs de milliers d’hommes vers l’Amérique, la population locale inventa un nouveau mythe qui est exposé au tour de la page 62. 

Jean-Michel Deveau explique combien on est gêné de ne pouvoir s’appuyer que sur des sources portugaises qui disent du bien d’elle lorsqu’elle est catholique et alliée et parle de sa cruauté incommensurable lorsqu’elle est l'ennemie des rois de Lisbonne. 

Une chose est certaine c’est que de 1623 à 1654 elle commandait son armée et que les succès qu’elle remporta de 1630 à 1645 le furent parce que les Hollandais passèrent alliance avec elle.
La couverture du livre de Jean-Michel Deveau porte un cliché d’une statue de Nzingha érigée à Kinaxixi en 2002 à l'occasion du 27e anniversaire de l'indépendance.

En résumé voilà deux ouvrages historiques qui permettent d’approcher une souveraine africaine devenue héroïne nationale pour l’Angola d’aujourd’hui, car porteuse d’une geste épique. Le premier insistant sur les jeunes années de Nzingha en s’appuyant sur des connaissances historiques solides, il est intéressant à lire par tous, y compris les adultes.

Pour aller plus loin :

MC KISSACK (Patricia C.), Nzingha : princesse africaine, Paris, Gallimard jeunesse, 2006, 108 p.
DEVEAU (Jean-Michel), La Reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle, Paris, Karthala, 2015, 166 p.

AC


mercredi 1 avril 2015

CINEMA : Femmes en guerre et pellicules (mots-clés : cinéma, téléfilm, guerre, RAD, malgré elles, drôle de guerre, Micheline Presle)


Autant les Américains et les Britanniques ont su mettre en avant, en bien ou en mal, tant sur le ton dramatique que comique, les femmes en temps de guerre ou en uniforme des deux guerres mondiales (voir le livre d'Yvonne Tasker, Soldiers' Stories: Military Women in Cinema and Television since World War II), autant les Français peinent à réaliser des films ou téléfilms sérieux sur ces sujets. C'est regrettable mais la déception est presque toujours au rendez-vous. La cause, une méconnaissance flagrante des thèmes abordés et le peu d'intérêt marqué par les chaînes de télévision et les quelques producteurs un peu curieux. Ces rôles prennent généralement une place secondaire et quand ils représentent le sujet principal ils s'éloignent inexorablement de la réalité pour des fictions parfois franchement ridicules.



Nous passerons sur Babette s'en va-t-en guerre de Christian-Jacque (1957) ; Lucie Aubrac, de Claude Berri (1997) ; La Chambre des officiers, de François Dupeyron (2001) ; Les Femmes de l'ombre, de Jean-Paul Salomé (2008), etc., pour nous arrêter sur deux morceaux de pellicule, l'un pour le cinéma, Elles étaient 12 femmes, sorti en 1940, et l'autre pour la télévision, Malgré elles, diffusé en 2012.




Elles étaient douze femmes

Le film d’Yves Mirande (scénario-dialogue) et Georges Lacombe (réalisation), Elles étaient douze femmes, sorti le 17 avril 1940, conte, dans le genre de la comédie dramatique à la française, l’histoire imaginaire de l’une de ces œuvres d'entraide fondées pendant la Drôle de guerre :

«au début de la guerre, quelques dames des plus huppées imaginent, lors d'une descente à l'abri, de fonder une œuvre pour les soldats sans famille. À cette occasion, elles décident d'entrer en relation avec la riche madame Marion, qui n'est pas de leur monde et a mené une vie légère. Cancans, potins, mesquineries, brouilles vont se succéder. » (Wikipédia)

Bien qu'il s'agisse d'une fiction c'est un témoignage visuel et vivant d’un état d’esprit à jamais disparu avec la défaite. On y retrouve en tête d'affiche la toute jeune Micheline Presle qui n'en est pas à son premier rôle au cinéma puisqu'elle a fait ses classes en 1937 dans La Fessée de Pierre Caron. Notons aussi la présence de Gaby Morlay (madame Marion), Françoise Rosay, Marion Delbo, Simone Renant, etc. René Chateau a eu la merveilleuse idée d'éditer un DVD de ce film en 2013.



Malgré elles

Dirigé par Denis Malleval, réalisateur de deux épisodes de Joséphine ange gardien (Pour l'amour d'un ange et La Tête dans les étoiles) et écrit par Nina Barbier (documentariste) et Barbara Grinberg (scénariste), Malgré Elles, réalisé en 2012, relate l'histoire de deux jeunes Alsaciennes de 17 ans, Alice et Lisette enrôlées de force par le service du travail féminin du Reich (Reichsarbeitsdienst der weiblichen jugend ou RADwJ.). L'une frondeuse, l'autre soumise.

Après six mois dans un camp du RADwJ., où elles reçoivent une formation nationale-socialiste brutale, du moins pour celles qui refusent de s'y soumettre, elles sont affectées dans une usine d'armement comme auxiliaires de guerre (Kriegshilfdienst des Reichsarbeitdienst/KHD) pour une durée obligatoire de 6 mois. Leur tâche... remplir des obus. A ce sujet, l'atelier ressemble plus à l'arrière boutique d'une quincaillerie qu'à une usine d'armement, mais passons. Une explosion survient et aussitôt les autorités se tournent vers les deux jeunes Alsaciennes, victimes toutes trouvées aussitôt suspectées de sabotage. On les menace alors de les envoyer dans un camp de redressement. Mais pire encore les deux jeunes filles sont expédiées dans un lebensborn. 

Malgré elles est un téléfilm d'un tel manichéisme que les rapports humains frisent le ridicule. Les Allemandes s'apparentent à des chiennes de garde et les Alsaciennes à de petits moutons terrorisés par ces cerbères bipèdes. Les admirateurs de la déplorable série américaine Papa schultz (1965-1971) seront déçus, car « l'humour en noir et blanc» n'a pas de raison d'être ici, malheureusement. Quant au final façon Papy fait de la résistance ou La Chute, "les années ont passé revenons sur notre vécu"... Sans commentaire. L'excès dans cette peinture sans épaisseur, ni contraste, ne rend nullement justice aux Malgré elles, au contraire. Le jeu de l'excellente actrice qu'est Flore Bonaventura et des autres noms du casting (Macha Méril, Louise Herrero, etc.) est fade et sans saveur et n'arrive pas à relever un niveau déjà bien bas. Nombre de situations, surtout la partie relative au lebensborn, sont de l'ordre du pur fantasme. Comme nous pouvons le lire sur le site wikipédia cette improbable situation a provoqué une polémique bien légitime :

« Le 9 octobre 2012, la chaîne de télévision France 3 diffuse en première partie de soirée un téléfilm de fiction réalisé par Denis Malleval intitulé Les Malgré-elles qui associe deux thèmes qui n’ont aucun rapport : l’incorporation de force et les Lebensborn.
La documentariste Nina Barbier à l’origine du documentaire de 2009 explique que « Pour des raisons d’évolution dramatique du récit, Alice et Lisette atterrissent là. C’est cohérent dans le film, mais contraire à la vérité historique. Je me suis battue contre la production et la chaîne, qui tenaient absolument à mélanger les deux faits. Les pouponnières de SS-Kinder n’ont rien à voir avec l’Alsace : elles ont été créées en Allemagne pour des Allemandes ! ».
Hélène Delale, la productrice qui a proposé le sujet à France 3, reconnaît : « L’argument de départ était de raconter la vie de ces très jeunes Alsaciennes, enrôlées dans l’effort de guerre allemand. Mais il y a malheureusement eu ce rapprochement parce que France Télévisions trouvait que le sujet des « malgré-elles » ressemblait trop à un récit de STO, et manquait de dramatisation et de rebondissements pour un téléfilm de 90 minutes. On a donc eu l’idée de mélanger deux histoires qui, historiquement, n’ont effectivement rien à voir ». » (wikipédia)

Voilà, ite missa est.

Note : Malgré elles est sorti en DVD en 2013.

mardi 3 mars 2015

DVD : FRERES (et soeurs ?) D'ARMES (Mots-Clés : colonies, diversité, outre-mer, guerre)




Nous avons reçu récemment le séduisant coffret, de quatre DVD, pourvu d'un livret, Frères d'armes (ils se sont battus pour la France depuis plus d'un siècle). Et qui mieux que les auteurs pour le présenter :

« Depuis le XIXe siècle, des hommes et des femmes ont combattu pour la France. Goumiers marocains, tirailleurs sénégalais algériens ou indochinois, les noms de leurs corps de troupes sont restés célèbres. Le coffret Frères d’Armes se propose de raconter le destin de certains d’entre eux. Des personnalités dont Romain Gary, Joséphine Baker et Roland Garos mais aussi des inconnus dont James Reese Europe, Camille Mortenol, Addi Bâ sont parmi les cinquante portraits disponibles dans ce coffret exceptionnel. Les quatre DVD dans le coffret Frères d’Armes proposent outre la série des cinquante films, des interviews de personnalités ayant collaborée au programme, les archives de l’ECPAD et de Gaumont-Pathé ainsi que les films Indigènes et L’Ami y’a bon de Rachid Bouchareb. Le coffret est disponible gratuitement auprès de Canopé* pour les enseignants, auprès du CGET ** pour les associations et auprès du Groupe de recherche Achac pour les médias.
« 50 films courts pour toucher et sensibiliser un large public à l’histoire des combattants venus du bout du monde pour défendre les valeurs de la République et des idéaux de la liberté. 50 portraits filmés avec le regard des historiens, commentés par 50 personnalités connues et engagées pour donner à ces commémorations une dimension ouverte sur le monde ». 
(Rachid Bouchareb, réalisateur & Pascal Blanchard, historien)


Si hommes et femmes sont à l'honneur, la part représentée par la gente féminine est infime. Deux portraits au mur ceux de Florence Conrad, une américaine du fameux groupe Rochambeau, et de l'incontournable Joséphine Baker figure choyée de la diversité, qui rejoignit la section air de la France libre. Les femmes sont donc les grandes absentes de ce coffret. Point de parité et pourtant. Pourtant des figures de femmes, il y en eut et nombreuses. Prenons les cas de Raymonde Joré, une jeune française libre de Nouvelle-Calédonie engagée en 1941 sous le matricule 70 125 ; de la Guyanaise Eugénie Eboué, épouse de Félix Eboué, et de leur fille, toutes deux engagées dans la France libre ; de Fatima marocaine musulmane qui servit dans un régiment de spahis au cours de la Grande Guerre ; la conductrice Denise Ferrier, aspirant conductrice au 25e bataillon médical de la 9e division d'infanterie coloniale (DIC). Jeune pied-noir née à l'Arba en Algérie, le 16 novembre 1924, et tuée au combat en 1944. Et la liste serait longue de toutes ces figures de femmes et de jeunes femmes peu connues mais qui auraient gagné d'être mises en avant et de connaître la lumière d'une reconnaissance bien méritée.


Pour en savoir plus :

mardi 3 février 2015

Livre jeunesse : DOCTEURE A VERDUN, NICOLE MANGIN, par Catherine Le Quellenec (Mots-clés : Grande Guerre, femme médecin, doctoresse, 1914-1918, service de santé)



Il s'agit là d'un roman de littérature jeunesse à destination des collégiens qui s'appuie sur une solide documentation. De plus, des pages informatives en fin d'ouvrage sont là pour aider à se situer dans la chronologie de la première guerre mondiale, à découvrir l'évolution des frontières en Europe entre 1914 et 1920 et en savoir plus sur le service de santé des armées durant la Grande Guerre.

En fait l'ouvrage démarre en 1916 année où la doctoresse Nicole Mangin est envoyée dans un hôpital du Service de santé des armées à Verdun. C'est par erreur qu'elle est convoquée à l'hôpital thermal de Bourbonne-les-Bains, passé sous contrôle de l’armée, en août 1914. Au début de l'année 1914, rattachée au ministère de la Santé publique, elle prend la direction du dispensaire antituberculeux du professeur Robin à Baujon. Son nom est alors communiqué à l’armée par un employé du ministère en question, sans que ce dernier ne prenne en compte l'identité sexuelle du docteur en question. Seule femme médecin dans les armées françaises durant la Grande Guerre, ses nombreuses consoeurs qui se portèrent volontaires furent systématiquement refoulées.



Nicolle Mangin décrit sa situation paradoxale en ces termes :

«  Il est fort probable que peu d'années, que dis-je, peu de moi après notre victoire, j'aurais un sourire amusé pour mon accoutrement singulier et une pensée critique pour l'affection que je porte à Dun, ma chienne. Ce sera du reste injuste et ridicule. Je dois à ma casquette d'avoir gardé une coiffure correcte, même en dormant sur les brancards. J'eus également le mérite de tenir des heures sur un siège étroit e voiture sanitaire, sans gêner le chauffeur. Je dois à mes larges et multiples poches d'avoir toujours possédé les objets de première nécessité : un couteau, un gobelet, un peigne, de la ficelle, un briquet, une lampe électrique, du sucre et du chocolat. Je suis redevable à ma chienne Dun de bien des minutes d'oubli, son attachement m'a été doux. Enfin, je dois à mes caducées et à mes brisques le prestige qu'il m'a fallu parfois auprès des ignorants et des sots ».

Elle reste, dans les hôpitaux soignant des militaires blessés, en compagnie de sa fidèle chienne, jusqu'en octobre 1916. Afin que sa situation ne perdure, elle est nommée directrice de l'hôpital-école pour infirmières Édith Cavell. Le 6 juin 1919, elle est découverte morte à la suite d'un suicide.

Bien que non épuisé, mais introuvable pour des questions bien trop longues à expliquer en ces pages, le livre de Jean-Jacques Schneider, Nicole Mangin, une Lorraine au coeur de la Grande Guerre, paru en 2011, est l'unique ouvrage, destiné à un lectorat adulte, présentant la vie et le parcours de médecin militaire de Nicole Mangin.


Alain Chiron (spécialiste de la première guerre mondiale, du mouvement socialiste sous la IIIe république, de Clemenceau, de la bande dessinée historique et de littérature pour la jeunesse)


LE QUELLENEC (Catherine), Docteure à Verdun, éditions Oskar, 2014, 87 pages

Disponible sur les sites de vente en ligne et dans le rayon jeunesse des libraires.

Voir aussi les posts sur l'ouvrage de Jean-Jacques Schneider , Nicole Mangin, et celui sur le livre de Marc Morillon sur Le Service de santé en 1914-1918.