vendredi 23 janvier 2015

Livre : Gérard BARDY, LA LEGIONNAIRE (Mots-Clés : France libre, Libération, Légion étrangère, seconde guerre mondiale)


Légion d'Honneur, croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeille et palme, médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec agrafes « Afrique », « Italie » et « Libération », médaille coloniale avec agrafes « Érythrée », « Libye », « Bir Hakeim », « Tunisie » et « Extrême-Orient », croix de la Liberté finlandaise, croix d'honneur du Mérite syrien et médaille d'officier du Nicham Iftikhar tunisien, cet impressionnant palmarès, qui laisse rêveur quant aux états de service du récipiendaire, est celui de Suzan Travers, alias « La Miss ». De pareils états de service il y en eut d'autres chez les femmes ayant participé sous l'uniforme à la seconde guerre mondiale, ce qui les rend plus incroyables encore, c'est que « La Miss » a gagné ces décorations (sauf la croix de la Liberté finlandaise) au sein de la Légion étrangère. Seule femme admise dans les rangs de cette légendaire et prestigieuse institution militaire (matricule 22 166), mais aussi l'une des rares femme à avoir servi dans le camp retranché de Bir Hakeim, Suzan Travers, née au début du vingtième siècle dans une famille de l'aristocratie britannique, est une femme libre, émancipée, au courage insolent, passant d'une façon abrupte des frivolités de la Côte d'Azur de l'avant guerre aux différents théâtres d'opération de la seconde guerre mondiale (Finlande, Érythrée, Libye, Italie, France).



Cette histoire, outre un récit guerrier, est l'expression d'une femme amoureuse : « sous le feu des armes, elle a ainsi conquis le coeur d'un bel officier, authentique prince géorgien, puis celui du général Pierre Koenig, le héros de Bir Hakeim, à qui elle a sauvé la vie ». Bien mené, réjouissant, ce récit a parfois des relents d'histoire à l'eau de rose, mais cela ne devrait en détourner les lecteurs et ne gâche pour autant notre plaisir.

Ecrivain et journaliste, l'auteur, Gérard Bardy nous offre un merveilleux livre avec La Légionnaire. Notons qu'en 2000 Susan Travers, trois ans avant son décès, avait publié Tomorrow to be brave, chez Ted Demers and Rick Filon, traduit en français l'année suivante sous le titre de Tant que dure le jour (Plon, 2001). Elle y revenait tardivement sur sa vie, la guerre, ses amours et dévoilait surtout sa liaison avec le général Koenig.



Si vous souhaitez en savoir plus sur ce légionnaire hors du commun, nous n'en dévoilerons pas plus, alors achetez ce merveilleux livre.

Nous avons noté une petite erreur pour le sujet qui nous intéresse, « La Miss » ne fut pas la seule française engagée en Italie, puisqu'elles furent des centaines tant à l'arrière que sur le front.

Gérad BARDY, La Légionnaire, Paris, Pygmalion, 2014.

Livre disponible sur les sites de ventes en ligne et en librairie.

mardi 20 janvier 2015

La Serbie s'invite / entretien avec Slađana Zarić : Milunka Savić et les femmes de l'armée serbe pendant la Grande Guerre


Après la Russie, c'est la Serbie qui s'invite. En l'invitant nous réveillons cette vieille amitié qui unit la Serbie à la France.
Au travers de cette longue interview de Slađana Zarić, journaliste et rédactrice du programme d'actualité de la Radio télévision de Serbie, auteur du documentaire et créatrice de l'exposition "Milunka Savić - héroïne de la Grande Guerre", nous présentons les femmes Serbes, mais aussi étrangères, ayant combattu dans les rangs de l'armée serbe tout au long de la Grande Guerre, et tout particulièrement Milunka Savić, l'une des femmes les plus décorée de la Grande Guerre. Nous remercions vivement Slađana Zarić pour cette présentation passionante et merveilleusement illustrée, ainsi que Y. Chiron pour son aide.



Qui était Milunka Savić ?

Milunka Savić était sergent-major de l'armée serbe, combattante des guerres balkaniques (1912-1913) et pendant la première guerre mondiale (1914-1918). Elle sort de la première guerre mondiale comme la femme militaire la plus décorée de la Grande Guerre, ayant obtenu non seulement de hautes distinctions militaires serbes, mais également les plus hautes distinctions de l'armée française. En récompense pour ses prouesses, elle est décorée de l'Etoile serbe de Karageorges avec épées (la plus haute distinction pour un sous-officier de l'armée serbe), elle obtient les médailles d'officier et de chevalier de la Légion d'honneur française, la Croix de guerre, la médaille du courage Miloš Obilić et deux médailles commémoratives de la Grande Guerre.
D'autant plus intéressant, Milunka Savić s'engage dans les guerres balkaniques déguisée en homme. Les femmes n'étaient à l'époque pas autorisées à combattre au sein de l'armée serbe.
Elle s'est coupé les cheveux, a aplati sa poitrine, enfilé un uniforme et s'est présentée sous le nom de Milun Savic. Ce n'est que lors de la bataille de Bregalnica (1913), dans laquelle Milunka fût blessée, que l'on découvrit son identité. 

Portrait de Milunka en 1917


Elle participe à la Première guerre mondiale en tant que femme, au sein du prestigieux régiment de l'armée serbe, nommé Knjaz Mihailo. Elle prend part aux grandes batailles menées par l'armée serbe contre les Austro-hongrois en 1914, et plus tard à toutes les batailles importantes que les soldats serbes ont menées aux côtés des troupes françaises sur le Front de Salonique. En récompense pour le courage et l'ingéniosité dont elle a fait preuve lors des batailles de 1916 (qui se sont déroulées aux alentours de Bitola, en Macédoine), et durant lesquelles elle a capturé 23 soldats bulgares, elle est décorée de l'Etoile de Karageorges et de la médaille de chevalier de la Légion d'honneur.



Elle fût blessée à quatre reprises durant la guerre et hospitalisée deux fois à Bizerte, dans la base militaire française au nord de la Tunisie. A cette occasion, elle rencontre l'amiral français Emile Guépratte qui la décore de la Croix de guerre (le 4 juillet 1918) et probablement de la médaille d'officier de la Légion d'honneur.
Selon les archives, elle fût également hospitalisée à Marseille.

Son cas est-il unique ?

Durant les Guerres balkaniques et la Grande guerre, l'armée serbe comptait aussi d'autres femmes. Cela dit, dans les Guerres balkaniques, celles-ci étaient membres d'unités tchétniks de volontaires, tandis que dans la première guerre mondiale, elles combattaient au sein d'unités officielles de l'armée serbe.

Plusieurs femmes ont combattu aux côtés de Milunka Savić dans les guerres balkaniques.
La plus intéressante était Sofija Jovanović, une jeune Belgradoise exceptionnellement cultivée pour son époque qui fût le sujet de nombreux articles écrits par des journalistes étrangers. Le "Petit journal" publia une illustration de Sofija Jovanović. Dans les journaux serbes, on en parlait comme de la "Jeanne d'arc serbe". Elle fût décorée de nombreuses médailles de l'armée serbe pour ses mérites.

 
Antonija Javornik



Jelena Saulic


Sofija Jovanović a également participé à la première guerre mondiale. Elle était membre des unités de l'armée serbe chargées de la défense de Belgrade. Aux côtés de Sofija et Milunka ont combattu les institutrices Jelena Šaulić et Ljubica Cakarević. Durant cette période, la Slovène Antonija Javornik combattait au sein de l'armée serbe. Celle-ci a pris part à toutes les batailles menées en 1914 et 1915 et est sortie de la guerre sous le nom de Natalija Bjelajac.

Ce qui est particulièrement étonnant et qui contredit nos préjugés est le fait que toutes ces femmes étaient extrêmement belles. Les photographies conservées témoignent de leur féminité.



Parmi les femmes membres de l'armée serbe dans la Grande guerre, la plus intrigante était l'anglaise Flora Sandes. Celle-ci est arrivée en Serbie en 1914 comme infirmière, pour rejoindre plus tard en tant que combattante le régiment de Milunka Savić.
Selon ses propres confessions (des autobiographies de Flora Sandes ont été publiées en Grande Bretagne), Flora a tout d'abord tenté de rejoindre l'armée anglaise en tant que femme-soldat. Sa demande fût rejetée non seulement par l'armée anglaise, mais aussi par les armées belges et françaises qui, à l'époque, n'acceptaient pas de femmes dans leurs rangs. Elle devint femme-soldat de l'armée serbe et obtint la médaille de l'Etoile de Karadjordje avec épées pour l'héroïsme dont elle fit preuve dans les batailles de 1916. A la fin de la guerre, Flora Sandes est promue au grade d'officier et entre ainsi dans l'histoire serbe comme la première femme officier. Flora Sandes était la seule femme occidentale à combattre au front sur pied d'égalité avec les hommes durant la Grande Guerre. Elle était cultivée et originaire d'une famille sacerdotale anglaise.


Femme du bataillon de la mort

Mis à part l'armée serbe, à l'époque seule l'armée russe comptait des femmes. Au printemps 1917, celles-ci forment le premier "bataillon féminin de la mort", ce qui était également son nom officiel. Celui-ci était constitué de 300 femmes-soldats volontaires. Les Russes, eux aussi, avaient leur Milunka Savić - Maria Botchkareva surnommée Yashka, qui participa à la Grande Guerre dès 1914. Fidèle au tsar, elle fût exécutée par la Tchéka en 1920.
Il y avait des femmes combattantes dans l'armée monténégrine (Milica Mandov) et dans l'armée roumaine (Ecaterina Teodoroiu), mais celles-ci représentaient des exceptions.


Quel était son engagement dans la guerre ?

Milunka Savić était membre du régiment "Knjaz Mihailo", qui avait été, grâce à son courage, baptisé le "régiment de fer" par les Bulgares durant les Guerres balkaniques. Celui-ci était le régiment prestigieux de l'armée serbe, celui qui avait mené les batailles les plus féroces et qui se trouvait aux positions les plus importantes.
Milunka Savić était dotée d'un talent extraordinaire pour lancer des grenades. On raconte qu'elle parvenait à viser ses cibles sans faute. Dans de divers entretiens avec les journalistes, après la guerre, Milunka explique l'origine de son habileté à viser. Milunka a grandi à la campagne où elle passait la plupart de son temps à garder les moutons. Les enfants bergers s'amusaient à viser divers objets avec une pierre. C'est ainsi, grâce à cet innocent jeu d'enfant, que Milunka a appris à viser ses cibles dans de diverses circonstances. Elle a participé à de nombreuses attaques à la bombe. Lors de l'une d'entre elles, elle a réussi à détruire la forteresse de l'ennemi et à capturer 23 soldats bulgares.



Combattait-elle en uniforme?

Toutes les femmes-soldats de la première guerre mondiale faisaient partie de l'armée officielle de Serbie et combattaient en uniforme. Certaines d'entre elles (Milunka Savić, Flora Sandes) ont obtenu les décorations militaires les plus prestigieuses et ont terminé la guerre avec de hauts grades militaires.

Milunka en uniforme, 1917.


Pourquoi les femmes serbes se sont-elles engagées dans la guerre et contre qui  ?

La question logique qui s'impose est la suivante: pourquoi certaines femmes ont-elles combattu dans l'armée serbe durant la Grande Guerre? La Serbie était un petit pays attaqué à qui chaque aide, chaque fusil était indispensable. Il suffit de prendre en compte que lors de la grande offensive allemande, austro-hongroise et bulgare en automne 1915, 800 000 soldats ennemis ont attaqué la Serbie, dont l'armée ne comptait que 350 000 soldats. Ainsi, chaque combattant lui était précieux. Il n'était certainement pas question d'une société développée et démocratique qui soutenait l'émancipation des femmes. La Serbie était alors un petit pays pauvre et sous-développé.

En ce qui concerne les guerres balkaniques, le contexte était différent. Ces guerres furent menées par de petits pays des Balkans (la Serbie, le Monténégro, la Grèce et la Bulgarie) réunis pour la libération des territoires que l'Empire Ottoman avait conquis plusieurs siècles auparavant. La guerre des Balkans était, en Serbie, une guerre populaire. D'après les témoignages, il y avait plus de volontaires qu'il n'y avait d'armes. Nous pouvons en trouver la cause dans l'histoire serbe et dans le fait qu'au 14ème siècle, les Ottomans avaient conquis des territoires qui formaient autrefois le coeur de l'Etat de Serbie (Le Kosovo, la Macédoine - dans l'historiographie de l'époque, ces régions étaient connues sous le nom commun de la Vieille Serbie). C'était donc une guerre populaire menée afin de libérer ces territoires, ce qui explique la participation de femmes combattantes.


Etaient-elles engagées seulement comme combattantes ?

En Serbie, les femmes n'ont pas uniquement pris part à la Grande Guerre en tant que combattantes. Elles ont également apporté leur contribution à la guerre en tant qu'infirmières.

L'exemple le plus connu est celui de l'artiste célèbre Nadežda Petrović, qui avait attiré beaucoup de visiteurs à ses expositions indépendantes à Paris et à Rome avant la guerre. Elle a participé aux guerres balkaniques et à la Grande Guerre en tant qu'infirmière. Elle est morte du typhus lors de l'épidémie qui régnait en Serbie en 1915.

A part les femmes serbes, les Anglaises, les Américaines, les Danoises, les Australiennes, les Grecques et les Russes ont également joué un grand rôle en Serbie en tant que membres de missions médicales à cette époque-là. Elles travaillaient comme infirmières, mais étant donné le manque de personnel médical, elles étaient obligées d'exercer les fonctions de médecins et chirurgiens. Elles conduisaient et s'adonnaient aux travaux qui étaient alors réservés aux hommes (les femmes ne pouvaient alors ni conduire, ni travailler comme médecins). Dans leurs mémoires, en dépit des horreurs de guerre, beaucoup d'entre elles décrivent cette période comme la plus belle de leur vie, comme l'époque où elles se sont émancipées et où elles ont prouvé leurs capacités. La plupart des Anglaises qui venaient en Serbie étaient soit membres, soit partisans du mouvement des Suffragettes qui se battait pour les droits des femmes.


Milunka est-elle parvenue à commencer une nouvelle vie de femme après la guerre ?

L'histoire passionnante de Milunka Savić n'est pas seulement celle d'une femme courageuse qui est partie combattre aux côtés des hommes pour la libération de son pays. C'est également l'histoire d'une femme remarquable qui a continué, après la guerre, à affronter de manière héroïque et humaine toutes les difficultés de la vie.
Etant donné qu'elle n'était jamais allée à l'école, dans la période d'après-guerre, Milunka a travaillé comme femme de ménage dans des banques, au ministère des Affaires étrangères du Royaume de Yougoslavie ainsi que dans les bars de Belgrade. Ces petits-enfants affirment qu'elle n'était pas insatisfaite de son travail, qu'elle était consciente de ses capacités et qu'elle n'avait pas honte de son rôle de femme de ménage. Ils disent qu'elle avait toujours quelques emplois supplémentaires. Elle donna naissance à une fille mais son mariage fût de courte durée. Milunka adopta trois autres filles.
Elle les a élevées et a financé leur scolarité avec son salaire de femme de ménage. L'une des filles qu'elle a adoptée à l'orphelinat était mentalement handicapée. Milunka a également aidé trente enfants à se scolariser. La plupart d'entre eux étaient originaires de son village. Elle les a amenés à Belgrade et leur a offert ce dont elle avait elle-même été privée - une scolarité.

Milunka en 1966.


Qu'a-t-elle fait pendant la seconde guerre mondiale ?

Lorsque la seconde guerre mondiale a éclatée, Milunka Savić était relativement âgée. Elle avait entre cinquante et soixante ans et ne pouvait donc pas participer aux combats en tant que soldat. Elle défiait la loi en aidant certains combattants. Selon les documents trouvés dans les archives, on conclut qu'elle aidait les membres du mouvement antifasciste qu'elle dissimulait dans sa maison à Belgrade. Elle leur fournissait des médicaments et a ainsi formé un mini-hôpital secret. Même si certains médias serbes affirment qu'elle a été capturée et retenue dans un camp de concentration nazi à Belgrade, aucune preuve n'en a été trouvée dans les archives.

Peut-on trouver des livres consacrés à ses exploits ?

Les Serbes ne savaient que très peu sur Milunka Savić, la femme soldat la plus décorée de la Grande Guerre. La cause en est le passé politique de ce pays. Dans la période d'entre-deux guerres, lorsqu'a été formé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, plus tard nommé le Royaume de Yougoslavie, il n'était pas recommandé de parler des héros de la Grande guerre, car ceci aurait été perçu parmi les Croates et les Slovènes comme une favorisation de l'hégémonie serbe. Après la seconde guerre mondiale, dans la Yougoslavie socialiste, d'autres héros et une autre guerre étaient populaires. Ce n'est qu'à notre époque que Milunka Savić a obtenu une place dans les manuels d'histoires, dans les livres et les musées. Il est particulièrement intéressant de savoir que Milunka ne figurait pas dans les musées serbes, mais qu'une partie du musée de la Grande Guerre à Meaux lui était consacrée. Milunka Savić fût enterrée dans un caveau familial, sans aucun symbole de l'Etat. Après l'exposition lui étant consacrée et la première du documentaire "Milunka Savić - héroïne de la Grande guerre" (2013), ses restes ont été transférés dans l'Allée des Grands au cimetière de Belgrade.
L'exposition et le documentaire ont fait découvrir aux Serbes, pour la première fois, les photographies de son album familial ainsi que les médailles dont Milunka a été décorée durant la Grande Guerre.






Saviez-vous que l'on parlait beaucoup d'elle en France pendant la Grande Guerre ?

Milunka Savić attirait certainement l'attention et éveillait la curiosité des soldats français rencontrés sur le Front de Salonique ou lors de son rétablissement dans les hôpitaux de Bizerte et de Marseille. A l'époque, il était rare de voire une femme parmi les soldats. Les médailles qui ornaient sa poitrine provoquaient une admiration générale. Ces années-là, les photographes français ont fait les plus beaux portraits de Milunka. A l'époque, les photographies étaient développées comme des cartes postales. Sur l'une d'elles, Milunka pose avec le drapeau français et le drapeau serbe comme symbole des relations amicales de ces deux pays. N'ayant pas eu accès aux archives des journaux français, je ne dispose pas de données sur l'attention que les journalistes français ont alors porté à cette combattante décorée. Nous avons des photographies datant de l'après-guerre sur lesquelles on peut voir Milunka Savić en compagnie du président français Paul Doumer. Ces photographies ont été faites à l'occasion de la visite de la délégation serbe en France en 1931.

Slađana Zarić est journaliste et rédactrice du programme d'actualité de la Radio télévision de Serbie. Elle est l'auteur du documentaire et créatrice de l'exposition "Milunka Savić - héroïne de la Grande Guerre". 

samedi 22 novembre 2014

LIVRE : LES FEMMES SNIPERS RUSSES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE, de Youri Obrazisov et Maud Anders (Mots-Clés : Russie, seconde guerre mondiale, snipers)


La Russie s'invite encore aujourd'hui et nous en sommes plus qu'heureux avec un bien bel ouvrage : Les Femmes snipers russes.

Pendant la seconde guerre mondiale des milliers de femmes russes ne se contenteront pas de fabriquer des munitions ou de s'entrainer au maniement des armes dans le cadre du Vsievoboutch, car elles prendront une part active aux combats en devenant aviatrices, infirmières, tankistes, en servant dans les communications, les transmissions, la défense contre avions mais aussi comme snipers dès le début du conflit.



Outre les métiers d'infirmières, de pilotes, etc., celui de sniper fut l'un des plus dur. Alors qu'au commencement, en Union Soviétique, les femmes snipers sont des cas isolés, leur nombre augmentera grâce à la création de l'Ecole principale de préparation des femmes snipers et la volonté chez nombre d'entre elles d'aller au front. Un métier difficile qui demande de l'endurance, de la discrétion, du sang froid et beaucoup de patiente. Tout comme leurs homologues masculins, l'objectif qui leur est assigné est « d'atteindre les cibles à haute valeur telles que les officiers, les mitrailleurs, les snipers adverses et les transmetteurs. » « Elles vont se trouver confrontées au feu ennemi, au danger direct, à la menace de se faire arrêter par les Allemands et torturées, aux difficultés météorologiques, à la boue, au grand froid hivernal ou la chaleur en été, à l'immobilité pendant des heures et des jours. »

Ce merveilleux livre de Youri Obrazisov et Maud Anders, traduit du russe, nous compte l'histoire des ces femmes intrépides et courageuses plongées jusqu'en 1945 dans la Grande Guerre patriotique. Elles s'appellent Maria Ivouchkina, Nina Lobkovskaya, Roza Chanina ou encore Ludmilla Pavlitchenko qui, à elle seule, tua 309 soldats et officiers ennemis. Outre ces figures de premier plan,  Les Femmes snipers présente l'armement utilisé, la formation qui leur est donnée, les combats auxquels elles prirent part et les décorations qu'elles reçurent pendant et après la guerre. Un très beau livre bien documenté qui comblera les amoureux de l'armée soviétique. Quelques pages sont également consacrées aux snipers du camp adverse.


Youri Obrazisov et Maud Ander, Les Femmes snipers russes de la seconde guerre mondiale, Paris, Histoire et Collections, 2014, 112 pages. 24,95 euros.



Les livres en langue française sur les femmes russes engagées dans le second conflit mondial étant trop rares voici quelques titres pour aller plus loin :

Elena Rjevskaïa, Carnets de l'interprète de guerre, Christian Bourgeois éditeur, 2011(Très bon livre écrit par une interprète russe d'origine juive dont la campagne la mena jusque dans le bunker d'Hitler à Berlin. Un récit libéré de toute influence politique) ;



Adrian Steather, Red and Soviet military and paramilitary services : female uniforms, 1941-1991, Veloce 2010 (un livre sur les uniformes féminins sans grand intérêt et des reconstitutions à la limite de l'indécence) ;



Bruce Myles, Les Sorcières de la nuit, Paris, Albin Michel, 1993 (excellent ouvrage sur les aviatrices soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, particulièrement celles des 586, 587 et 588e régiments d'aviation) ;



Valérie Bénaïm et Jean-Claude Hallé, La Rose de Stalingrad, Flammarion, 2005 (ce livre relate l'histoire de Lydia (ou Lily) Litvak l'as féminin aux 21 victoires morte au combat en 1943 à l'âge de 21 ans et membre du 586e régiment de chasse) ;

Svetlana Alexievitch, La guerre n'a pas un visage de femme, éditions 84, 2005 (très bon livre sur les récits de femmes russes dans la 2e guerre mondiale, malheureusement en couverture se trouve une femme du bataillon de la mort créé pendant la première guerre mondiale. Cependant un livre incontournable).

dimanche 2 novembre 2014

Exposition INSTITUT DE FRANCE : "Un hôpital à l’arrière" : l’hôpital militaire auxiliaire n°265 (Mots-clés : grande guerre, infirmière, hôpital, 1914-1918)




Nous reviendrons sur cette exposition qui se tient du 02 octobre 2014 au12 décembre 2014.



Bibliothèque Thiers
                                                        27, place Saint-Georges, 75009 ParisTél. : 01 48 78 92 90

samedi 1 novembre 2014

Livre : LES FRANCAISES AU COEUR DE LA GUERRE, 1939-1945, dirigé par Evelyne Morin-Rotureau (Mots-clés : seconde guerre mondiale, résistance, résistantes, femmes tondues, VFFL)


« Emaillé de portraits de « grandes femmes » et riche de plus de 200 photographies et illustrations rares et originales, ce livre aborde des thèmes méconnus comme la prostitution organisée ou les violences sexuelles. Parce que l'histoire de la seconde guerre mondiale est trop souvent conjuguée au masculin, il propose une relecture du conflit à travers le prisme du « deuxième sexe », sur le long chemin de l'émancipation. » 



C'est avec une approche féministe, sociale, basée sur l'identité, que les femmes sont ici abordées. Toutes les femmes ? Non, tout du moins celles qui font, ou on fait l'objet de travaux universitaires ces vingt dernières années : résistantes de l'intérieur et de l'extérieur, les femmes juives de France, les femmes tondues, les comédiennes, etc. 

On regrettera que le quotidien des Françaises de la zone libre comme de la zone occupée n'ait pas trouvé une plus ample place en ces pages. On regrettera aussi "l'oubli" du rôle joué par les multiples organisations féminines ou à fort contingent féminin qui travaillèrent pour les autorités, pour le secours et la défense des populations éprouvées par la guerre ou encore au relèvement du pays à compter de 1944. 

De même, l'émancipation des femmes n'était que dans l'esprit de quelques femmes en ces années de guerre et semble en ces pages prendre plus d'importance et de poids qu'elle n'en eut réellement.

Comme toujours, celles qui ont choisi le (s) mauvais camp (s) sont quasiment absentes et ne sont traitées que sous la forme morte et désincarnée de la «tondue». Pourtant, derrière chaque engagement il y a une femme comme une autre qui n'est pas forcément la transfiguration du monstre. Avec, comme pour les hommes, des parcours complexes et sinueux, parfois logiques, d'autres hasardeux.

Un beau livre qui devrait ravir ceux et celles que les sujets abordés intéressent.

Evelyne Morin-Rotureau, Les Françaises au coeur de la guerre, 1939-1945, Paris, Autrement, 2014.
(30 euros)

dimanche 12 octobre 2014

Livre : PARACHUTEE AU CLAIR DE LUNE, Anne-Marie Walters (Mots-clés : résistante, résistantes, résistance, SOE, maquis, seconde guerre mondiale)


Depuis quelques années les éditeurs Français et Britanniques ont montré un regain d'intérêt pour les agents féminins du SOE de la section F (France). Créé en juillet 1940 par Sir Winston Churchill et mis en marche par Sir Hugh Dalton (ministre de la Guerre économique), le SOE (Special Operations Executive) avait pour mission l'envoi d'agents secrets dans les territoires occupés d'Europe principalement, mais aussi en Abyssinie et en Asie du Sud-Est, pour renforcer la résistance locale, diriger des sabotages, organiser la réception des parachutages d'armes, de matériel et d'agents et ainsi de suite.



Pour la France, outre la section F une section RF vit le jour, sous la pression de la France libre, dont la création et la direction furent conjointes, du moins à ses débuts, avec un officier britannique, Eric Piquet-Wicks et le chef du BCRA (Bureau central de renseignements et d'action) français, André Dewavrin.

Les femmes ne furent autorisées à intégrer le SOE qu'en 1942 pour des raisons pratiques évidentes. Celles de la section F eurent pour noms : Cecily Lefort, Diana Rowden, Eliane Plewman, Yvette Cormeau, Yolande Beekman, Pearl Witherington, Elizabeth Reynolds, Madeleine Damerment, Denise Bloch, Eileen Nearne, Yvonne Baseden, Patricia O'Sullivan, Yvonne Fontaine, Lilian Rolfe, Violette Szabo, Muriel Byck, Odette Wilen, Nancy Wake, Phyliss Latour, Marguerite Knight, Madeleine Lavigne, Sonya Butt, Ginette Jullian, Christine Granville, Gillian Gerson, Virginia Hall, Yvonne Rudellat, Blanche Charlet, Andrée Borrel, Lise de Baissac, Mary Herbert, Odette Sansom, Marie-Thérèse Le Chene, Sonia Olschanezky, Jacqueline Nearne, Francine Agazarian, Julienne Aisner, Vera Leigh, Noor Inayat Khann,Vera Atkins et bien entendu Anne-Marie Walters.

Pour en revenir aux agents féminins de SOE envoyés en France, leur recrutement se faisait dans le cadre du FANY (First Aid Nursing Yeomanry) qui servait à camoufler leur véritable affectation. Anne-Marie Walters alias Colette, née le 16 mars 1923 à Genève, de père britannique et de mère française, s'engage dans les WAAF (Women's Auxiliary Air Force) à l'âge de 17 ans seulement. Peu encline à la discipline militaire, elle est approchée par le SOE qui lui propose de participer à des missions derrières les lignes ennemies. Elle accepte avec enthousiasme sans trop savoir ce qui l'attend. Après une formation approfondie, Anne-Marie est parachutée le 4 janvier 1944 dans le sud-ouest de la France. C'est ce récit que nous suivons pas à pas jusqu'à son retour précipité fin 1944. « Durant sept mois (…) elle parcourra à vélo, en autocar, en train, en auto « gazogène » toute la région, en tant qu'agent de liaison du chef d'un des réseaux du SOE. Elle portera des messages aux responsables locaux, organisera la fuite d'hommes recherchés par l'ennemi, réceptionnera des parachutages et participera activement à la vie de plusieurs maquis. »

Le présent ouvrage est la traduction de Moondrop to gascony publié par Macmillan en 1946. La traduction française d'Anne Boulineau est de grande qualité, tout comme la postface, les notices biographiques et les notes de David Hewson qui font le point sur certaines figures ou corrigent les erreurs historiques d'Anne-Marie. Un livre de 288 pages qui se lit avec autant de plaisir qu'un roman. Au gré des pages, nous croisons de drôles d'individus ; des anonymes, courageux, trop curieux, pleutres, dénonciateurs ; des maquisards ; des résistants ; des Espagnols ; des Britanniques ; des Américains ; un néerlandais, mais aussi des Allemands, des miliciens et des membres de la Gestapo qui n'eurent de cesse de hanter les rêves de l'auteur.

Paru en 2012, Parachutée au clair de lune, complète les ouvrages de Monika Siedentopf, Parachutées en terre ennemie, Perrin, 2008 ; Sarah Helm, Vera Atkins, une femme de l'ombre, Paris, Seuil, 2010, Suzanne Ottaway, Violette Szabo, the life that i have, 2002 réédition 2014, etc.

Anne-Marie Walters, Parachutée au clair de lune, Marseille, éditions Gaussen, 2012, 288 pages.


dimanche 14 septembre 2014

Livre : Infirmière en 1914, Lucia TICHADOU (Mots-clés : Grande Guerre, 1914-1918, infirmière, Croix-Rouge)


Nous avons pris un réel plaisir à lire le livre de Lucia Tichadou, présenté et annoté par Hélène Echinard, Infirmière en 1914, journal d'une volontaire, 31 juillet-14 octobre 1914




« Le 31 juillet 1914, Lucia Bernard part en train de Perpignan (par Toulouse et Limoges) pour Paris. Enseignante, elle est en vacances et veut faire un tour à l’Ecole Normale de Fontenay-aux-Roses où elle a été élève quelques années auparavant, puis elle compte se rendre dans son village natal d’Eclaron en Haute-Marne où résident sa mère et sa belle-soeur qui attend un bébé. La guerre est imminente. Lucia décide de tenir un journal. C’est une jeune femme de 29 ans, pleine d’allant. Sitôt la guerre déclarée, elle s’improvise infirmière et s’installe à Brienne-le-Château dans un hôpital lui-même improvisé dans l’église et le presbytère, dont elle assure, elle-même, « la construction » des lits. Le soir, elle tient son journal où elle consigne, outre les faits, ses réflexions et ses interrogations. Avec la bataille des frontières, les premiers blessés arrivent. Puis, à partir du 6 septembre, c’est la bataille de la Marne. Brienne-le-Château et Eclaron, entre autres, sont au cœur du mouvement amorcé par les troupes françaises pour contenir l’ennemi, puis le faire reculer; Saint-Dizier, où réside une partie de la famille de Lucia, est traversée par la ligne de front...
Lorsque Lucia reçoit son affectation de professeur à l’école normale d’Aix-en-Provence pour la rentrée scolaire, elle refuse d’abandonner ses blessés, quitte à recevoir un blâme et même à mettre en cause sa carrière.
Elle obéira, en retard. »

Ce récit qui se situe dans les premiers mois de la guerre est un excellent exemple de l'état d'esprit des Français et des Françaises en ces mois d'incertitude et d'espérance d'un conflit court et victorieux.
Pour l'époque, Lucia Tichadou, n'est pas une « infirmière » comme les autres, elle a une opinion très marquée à gauche (elle adhère au PCF en 1934) et ne la cache pas. 
Pourtant, nous retrouvons chez elle ce patriotisme et cet antigermanisme outranciers qui furent dans la bouche de bien des écrivains, d'hommes politiques et de beaucoup de Français en général. Exemple : « Pourquoi ne puis-je éprouver de haines individuelles ? Je hais la sauvage patrie des Teutons. Je me réjouis d'entendre dire qu'on en a démoli des milliers. Et le premier casque de hulans me donne un soubresaut d'horreur et de pitié. » Ou encore «  La guerre déchaîne la sauvagerie. Horreur, allons, pas d'attendrissement, pas de sentimentalité, ils ont raison, il faut mettre des oeillères, renverser tout. La victoire, la liberté sont à ce prix. » Mais il transparait aussi chez elle de la pitié pour l'ennemi et un fort sentiment pacifiste.

Ces vingt dernières années une poignée de récits d'infirmières ont été publiés avec un succès mitigé. Cependant la Grande Guerre ne peut se comprendre sans aborder l'effort considérable mené à l'arrière. Nous conseillons vivement ce récit, paru au mois de septembre 2014, tant il colle à l'actualité des premiers mois de guerre. Un texte court, limpide, au flot agréable.

L'initiative de cette publication revient à Hélène Echinard et aux éditions Gaussen de Marseille.

Prix : 12 euros
Editions Gaussen, Marseille

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Dans le prochain post nous présenterons une autre publication des éditions Gaussen : Parachutée au clair de lune de Anne-Marie Walters.

A lire aussi sur les infirmières de la Grande Guerre :


  • Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale: Journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914-1918, Paris, Gallimard jeunesse, 2012
  • Simone de Montmollin, Lettres d'une jeune bon secours à sa mère durant la guerre de 14-18,  Orthez, Talhe-Hèr, 2004
  • Claudine Bourcier, Nos chers blessés, Alan Sutton, 2005