dimanche 19 avril 2015

L'Afrique lusophone s'invite : Nzingha princesse de l'Afrique de l'ouest et guerrière (mots-clés : Afrique, guerrière, amazone)


En 2000, aux Etats-Unis d'Amérique, parait, sous la plume de Patricia C. Mc Kissack, une noire américaine native du Tenessee, l'ouvrage Nzingha : warrior queen of Matamba. Il est traduit en 2006 chez Gallimard jeunesse dans la collection Mon histoire sous le titre de Nzingha : princesses africaine.



La narratrice y est généralement un personnage historique (telles Anne de Bretagne ou Blanche de Castille) et à défaut quelqu’un qui lui est proche comme la chanteuse de Vivaldi. Trois fois sur quatre, il s’agit d’une fille, celle-ci raconte à peu près une année de sa vie, celle où l'on peut considérer qu’elle passe de l’enfance à l’état adulte, sans jamais passer par une case adolescence qui à l’époque est un âge qui n’entre pas dans les concepts des humains, à quelque endroit où ils vivent. La plupart du temps, c’est à travers un journal tenu régulièrement que l’on suit la vie de la narratrice.




Nzingha est née en 1582 dans ce qui deviendra la colonie portugaise d’Angola jusqu’au milieu des années 1970, époque où non sans difficultés intérieures l’Angola accède à l’indépendance. Patricia C. Mc Kissack choisit de raconter la vie de son héroïne au travers de chroniques mensuelles en indiquant le nom du mois en culture occidentale et en kimbundu (une langue africaine). On démarre en juillet 1595 pour terminer en septembre 1596 (mois où est décidé qui sera son mari). Dès la troisième page Nzingha est présentée avec des potentialités de guerrière :
« Aujourd’hui avec mes amis, j’ai fabriqué des flèches et trempé leurs pointes dans du venin de serpent, comme Njali nous l’a appris. Njalu est le chef des Élus, les gardes du roi et il combat aux côtés de mon père ». (page 9)

C’est un Portugais le père Giovanni Gavazzi, vivant depuis environ vingt ans au Matamba dans l’entourage royal la tribu qui incite Nzingha à tenir son journal lusophone. Dans ce dernier, elle pose la question de la traversée des esclaves depuis l’Angola jusqu’au Brésil. Des auxiliaires des Portugais essaient de s’emparer d’elle alors que Nzingha est isolée avec ses deux sœurs :
« Tandis que je chargeais l’ennemi avec Mukambu, Kifunji a fait du raffut afin qu’ils s’imaginent que nous étions plus nombreux. Puis j’ai poussé un cri de guerre et j’ai lancé des flèches ». (pages 74-75)
Comme d’habitude dans cette collection des pages documentaires terminent l’ouvrage. Ici elles traitent de la vie de l’héroïne depuis son mariage jusqu’à sa mort, la présence portugaise en Angola depuis la fin du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, le devenir des personnages de l’entourage de Nzingha.



Il est dommage que dans cet ouvrage comme dans La reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle de Jean-Michel Deveau, il n’y ait aucune carte géographique. Dans ce dernier titre pour les adultes on suit les rapports fluctuants que notre personnage a entretenu avec les Portugais et le catholicisme. L’ouvrage rappelle que le Manicongo, un peu plus au nord, se convertit au christianisme dès la fin du XVIe siècle. Les relations de Nzingha avec son frère, lorsqu’il devint roi, furent souvent conflictuelles. Ce dernier fit égorger le fils de Nzingha et celle-ci est soupçonnée de l’avoir fait empoisonner. Pour supporter le choc psychologique des départs définitifs de milliers d’hommes vers l’Amérique, la population locale inventa un nouveau mythe qui est exposé au tour de la page 62. 

Jean-Michel Deveau explique combien on est gêné de ne pouvoir s’appuyer que sur des sources portugaises qui disent du bien d’elle lorsqu’elle est catholique et alliée et parle de sa cruauté incommensurable lorsqu’elle est l'ennemie des rois de Lisbonne. 

Une chose est certaine c’est que de 1623 à 1654 elle commandait son armée et que les succès qu’elle remporta de 1630 à 1645 le furent parce que les Hollandais passèrent alliance avec elle.
La couverture du livre de Jean-Michel Deveau porte un cliché d’une statue de Nzingha érigée à Kinaxixi en 2002 à l'occasion du 27e anniversaire de l'indépendance.

En résumé voilà deux ouvrages historiques qui permettent d’approcher une souveraine africaine devenue héroïne nationale pour l’Angola d’aujourd’hui, car porteuse d’une geste épique. Le premier insistant sur les jeunes années de Nzingha en s’appuyant sur des connaissances historiques solides, il est intéressant à lire par tous, y compris les adultes.

Pour aller plus loin :

MC KISSACK (Patricia C.), Nzingha : princesse africaine, Paris, Gallimard jeunesse, 2006, 108 p.
DEVEAU (Jean-Michel), La Reine Nzingha et l’Angola au XVIIe siècle, Paris, Karthala, 2015, 166 p.

AC


mercredi 1 avril 2015

CINEMA : Femmes en guerre et pellicules (mots-clés : cinéma, téléfilm, guerre, RAD, malgré elles, drôle de guerre, Micheline Presle)


Autant les Américains et les Britanniques ont su mettre en avant, en bien ou en mal, tant sur le ton dramatique que comique, les femmes en temps de guerre ou en uniforme des deux guerres mondiales (voir le livre d'Yvonne Tasker, Soldiers' Stories: Military Women in Cinema and Television since World War II), autant les Français peinent à réaliser des films ou téléfilms sérieux sur ces sujets. C'est regrettable mais la déception est presque toujours au rendez-vous. La cause, une méconnaissance flagrante des thèmes abordés et le peu d'intérêt marqué par les chaînes de télévision et les quelques producteurs un peu curieux. Ces rôles prennent généralement une place secondaire et quand ils représentent le sujet principal ils s'éloignent inexorablement de la réalité pour des fictions parfois franchement ridicules.



Nous passerons sur Babette s'en va-t-en guerre de Christian-Jacque (1957) ; Lucie Aubrac, de Claude Berri (1997) ; La Chambre des officiers, de François Dupeyron (2001) ; Les Femmes de l'ombre, de Jean-Paul Salomé (2008), etc., pour nous arrêter sur deux morceaux de pellicule, l'un pour le cinéma, Elles étaient 12 femmes, sorti en 1940, et l'autre pour la télévision, Malgré elles, diffusé en 2012.




Elles étaient douze femmes

Le film d’Yves Mirande (scénario-dialogue) et Georges Lacombe (réalisation), Elles étaient douze femmes, sorti le 17 avril 1940, conte, dans le genre de la comédie dramatique à la française, l’histoire imaginaire de l’une de ces œuvres d'entraide fondées pendant la Drôle de guerre :

«au début de la guerre, quelques dames des plus huppées imaginent, lors d'une descente à l'abri, de fonder une œuvre pour les soldats sans famille. À cette occasion, elles décident d'entrer en relation avec la riche madame Marion, qui n'est pas de leur monde et a mené une vie légère. Cancans, potins, mesquineries, brouilles vont se succéder. » (Wikipédia)

Bien qu'il s'agisse d'une fiction c'est un témoignage visuel et vivant d’un état d’esprit à jamais disparu avec la défaite. On y retrouve en tête d'affiche la toute jeune Micheline Presle qui n'en est pas à son premier rôle au cinéma puisqu'elle a fait ses classes en 1937 dans La Fessée de Pierre Caron. Notons aussi la présence de Gaby Morlay (madame Marion), Françoise Rosay, Marion Delbo, Simone Renant, etc. René Chateau a eu la merveilleuse idée d'éditer un DVD de ce film en 2013.



Malgré elles

Dirigé par Denis Malleval, réalisateur de deux épisodes de Joséphine ange gardien (Pour l'amour d'un ange et La Tête dans les étoiles) et écrit par Nina Barbier (documentariste) et Barbara Grinberg (scénariste), Malgré Elles, réalisé en 2012, relate l'histoire de deux jeunes Alsaciennes de 17 ans, Alice et Lisette enrôlées de force par le service du travail féminin du Reich (Reichsarbeitsdienst der weiblichen jugend ou RADwJ.). L'une frondeuse, l'autre soumise.

Après six mois dans un camp du RADwJ., où elles reçoivent une formation nationale-socialiste brutale, du moins pour celles qui refusent de s'y soumettre, elles sont affectées dans une usine d'armement comme auxiliaires de guerre (Kriegshilfdienst des Reichsarbeitdienst/KHD) pour une durée obligatoire de 6 mois. Leur tâche... remplir des obus. A ce sujet, l'atelier ressemble plus à l'arrière boutique d'une quincaillerie qu'à une usine d'armement, mais passons. Une explosion survient et aussitôt les autorités se tournent vers les deux jeunes Alsaciennes, victimes toutes trouvées aussitôt suspectées de sabotage. On les menace alors de les envoyer dans un camp de redressement. Mais pire encore les deux jeunes filles sont expédiées dans un lebensborn. 

Malgré elles est un téléfilm d'un tel manichéisme que les rapports humains frisent le ridicule. Les Allemandes s'apparentent à des chiennes de garde et les Alsaciennes à de petits moutons terrorisés par ces cerbères bipèdes. Les admirateurs de la déplorable série américaine Papa schultz (1965-1971) seront déçus, car « l'humour en noir et blanc» n'a pas de raison d'être ici, malheureusement. Quant au final façon Papy fait de la résistance ou La Chute, "les années ont passé revenons sur notre vécu"... Sans commentaire. L'excès dans cette peinture sans épaisseur, ni contraste, ne rend nullement justice aux Malgré elles, au contraire. Le jeu de l'excellente actrice qu'est Flore Bonaventura et des autres noms du casting (Macha Méril, Louise Herrero, etc.) est fade et sans saveur et n'arrive pas à relever un niveau déjà bien bas. Nombre de situations, surtout la partie relative au lebensborn, sont de l'ordre du pur fantasme. Comme nous pouvons le lire sur le site wikipédia cette improbable situation a provoqué une polémique bien légitime :

« Le 9 octobre 2012, la chaîne de télévision France 3 diffuse en première partie de soirée un téléfilm de fiction réalisé par Denis Malleval intitulé Les Malgré-elles qui associe deux thèmes qui n’ont aucun rapport : l’incorporation de force et les Lebensborn.
La documentariste Nina Barbier à l’origine du documentaire de 2009 explique que « Pour des raisons d’évolution dramatique du récit, Alice et Lisette atterrissent là. C’est cohérent dans le film, mais contraire à la vérité historique. Je me suis battue contre la production et la chaîne, qui tenaient absolument à mélanger les deux faits. Les pouponnières de SS-Kinder n’ont rien à voir avec l’Alsace : elles ont été créées en Allemagne pour des Allemandes ! ».
Hélène Delale, la productrice qui a proposé le sujet à France 3, reconnaît : « L’argument de départ était de raconter la vie de ces très jeunes Alsaciennes, enrôlées dans l’effort de guerre allemand. Mais il y a malheureusement eu ce rapprochement parce que France Télévisions trouvait que le sujet des « malgré-elles » ressemblait trop à un récit de STO, et manquait de dramatisation et de rebondissements pour un téléfilm de 90 minutes. On a donc eu l’idée de mélanger deux histoires qui, historiquement, n’ont effectivement rien à voir ». » (wikipédia)

Voilà, ite missa est.

Note : Malgré elles est sorti en DVD en 2013.

mardi 3 mars 2015

DVD : FRERES (et soeurs ?) D'ARMES (Mots-Clés : colonies, diversité, outre-mer, guerre)




Nous avons reçu récemment le séduisant coffret, de quatre DVD, pourvu d'un livret, Frères d'armes (ils se sont battus pour la France depuis plus d'un siècle). Et qui mieux que les auteurs pour le présenter :

« Depuis le XIXe siècle, des hommes et des femmes ont combattu pour la France. Goumiers marocains, tirailleurs sénégalais algériens ou indochinois, les noms de leurs corps de troupes sont restés célèbres. Le coffret Frères d’Armes se propose de raconter le destin de certains d’entre eux. Des personnalités dont Romain Gary, Joséphine Baker et Roland Garos mais aussi des inconnus dont James Reese Europe, Camille Mortenol, Addi Bâ sont parmi les cinquante portraits disponibles dans ce coffret exceptionnel. Les quatre DVD dans le coffret Frères d’Armes proposent outre la série des cinquante films, des interviews de personnalités ayant collaborée au programme, les archives de l’ECPAD et de Gaumont-Pathé ainsi que les films Indigènes et L’Ami y’a bon de Rachid Bouchareb. Le coffret est disponible gratuitement auprès de Canopé* pour les enseignants, auprès du CGET ** pour les associations et auprès du Groupe de recherche Achac pour les médias.
« 50 films courts pour toucher et sensibiliser un large public à l’histoire des combattants venus du bout du monde pour défendre les valeurs de la République et des idéaux de la liberté. 50 portraits filmés avec le regard des historiens, commentés par 50 personnalités connues et engagées pour donner à ces commémorations une dimension ouverte sur le monde ». 
(Rachid Bouchareb, réalisateur & Pascal Blanchard, historien)


Si hommes et femmes sont à l'honneur, la part représentée par la gente féminine est infime. Deux portraits au mur ceux de Florence Conrad, une américaine du fameux groupe Rochambeau, et de l'incontournable Joséphine Baker figure choyée de la diversité, qui rejoignit la section air de la France libre. Les femmes sont donc les grandes absentes de ce coffret. Point de parité et pourtant. Pourtant des figures de femmes, il y en eut et nombreuses. Prenons les cas de Raymonde Joré, une jeune française libre de Nouvelle-Calédonie engagée en 1941 sous le matricule 70 125 ; de la Guyanaise Eugénie Eboué, épouse de Félix Eboué, et de leur fille, toutes deux engagées dans la France libre ; de Fatima marocaine musulmane qui servit dans un régiment de spahis au cours de la Grande Guerre ; la conductrice Denise Ferrier, aspirant conductrice au 25e bataillon médical de la 9e division d'infanterie coloniale (DIC). Jeune pied-noir née à l'Arba en Algérie, le 16 novembre 1924, et tuée au combat en 1944. Et la liste serait longue de toutes ces figures de femmes et de jeunes femmes peu connues mais qui auraient gagné d'être mises en avant et de connaître la lumière d'une reconnaissance bien méritée.


Pour en savoir plus :

mardi 3 février 2015

Livre jeunesse : DOCTEURE A VERDUN, NICOLE MANGIN, par Catherine Le Quellenec (Mots-clés : Grande Guerre, femme médecin, doctoresse, 1914-1918, service de santé)



Il s'agit là d'un roman de littérature jeunesse à destination des collégiens qui s'appuie sur une solide documentation. De plus, des pages informatives en fin d'ouvrage sont là pour aider à se situer dans la chronologie de la première guerre mondiale, à découvrir l'évolution des frontières en Europe entre 1914 et 1920 et en savoir plus sur le service de santé des armées durant la Grande Guerre.

En fait l'ouvrage démarre en 1916 année où la doctoresse Nicole Mangin est envoyée dans un hôpital du Service de santé des armées à Verdun. C'est par erreur qu'elle est convoquée à l'hôpital thermal de Bourbonne-les-Bains, passé sous contrôle de l’armée, en août 1914. Au début de l'année 1914, rattachée au ministère de la Santé publique, elle prend la direction du dispensaire antituberculeux du professeur Robin à Baujon. Son nom est alors communiqué à l’armée par un employé du ministère en question, sans que ce dernier ne prenne en compte l'identité sexuelle du docteur en question. Seule femme médecin dans les armées françaises durant la Grande Guerre, ses nombreuses consoeurs qui se portèrent volontaires furent systématiquement refoulées.



Nicolle Mangin décrit sa situation paradoxale en ces termes :

«  Il est fort probable que peu d'années, que dis-je, peu de moi après notre victoire, j'aurais un sourire amusé pour mon accoutrement singulier et une pensée critique pour l'affection que je porte à Dun, ma chienne. Ce sera du reste injuste et ridicule. Je dois à ma casquette d'avoir gardé une coiffure correcte, même en dormant sur les brancards. J'eus également le mérite de tenir des heures sur un siège étroit e voiture sanitaire, sans gêner le chauffeur. Je dois à mes larges et multiples poches d'avoir toujours possédé les objets de première nécessité : un couteau, un gobelet, un peigne, de la ficelle, un briquet, une lampe électrique, du sucre et du chocolat. Je suis redevable à ma chienne Dun de bien des minutes d'oubli, son attachement m'a été doux. Enfin, je dois à mes caducées et à mes brisques le prestige qu'il m'a fallu parfois auprès des ignorants et des sots ».

Elle reste, dans les hôpitaux soignant des militaires blessés, en compagnie de sa fidèle chienne, jusqu'en octobre 1916. Afin que sa situation ne perdure, elle est nommée directrice de l'hôpital-école pour infirmières Édith Cavell. Le 6 juin 1919, elle est découverte morte à la suite d'un suicide.

Bien que non épuisé, mais introuvable pour des questions bien trop longues à expliquer en ces pages, le livre de Jean-Jacques Schneider, Nicole Mangin, une Lorraine au coeur de la Grande Guerre, paru en 2011, est l'unique ouvrage, destiné à un lectorat adulte, présentant la vie et le parcours de médecin militaire de Nicole Mangin.


Alain Chiron (spécialiste de la première guerre mondiale, du mouvement socialiste sous la IIIe république, de Clemenceau, de la bande dessinée historique et de littérature pour la jeunesse)


LE QUELLENEC (Catherine), Docteure à Verdun, éditions Oskar, 2014, 87 pages

Disponible sur les sites de vente en ligne et dans le rayon jeunesse des libraires.

Voir aussi les posts sur l'ouvrage de Jean-Jacques Schneider , Nicole Mangin, et celui sur le livre de Marc Morillon sur Le Service de santé en 1914-1918.

vendredi 23 janvier 2015

Livre : Gérard BARDY, LA LEGIONNAIRE (Mots-Clés : France libre, Libération, Légion étrangère, seconde guerre mondiale)


Légion d'Honneur, croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeille et palme, médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec agrafes « Afrique », « Italie » et « Libération », médaille coloniale avec agrafes « Érythrée », « Libye », « Bir Hakeim », « Tunisie » et « Extrême-Orient », croix de la Liberté finlandaise, croix d'honneur du Mérite syrien et médaille d'officier du Nicham Iftikhar tunisien, cet impressionnant palmarès, qui laisse rêveur quant aux états de service du récipiendaire, est celui de Suzan Travers, alias « La Miss ». De pareils états de service il y en eut d'autres chez les femmes ayant participé sous l'uniforme à la seconde guerre mondiale, ce qui les rend plus incroyables encore, c'est que « La Miss » a gagné ces décorations (sauf la croix de la Liberté finlandaise) au sein de la Légion étrangère. Seule femme admise dans les rangs de cette légendaire et prestigieuse institution militaire (matricule 22 166), mais aussi l'une des rares femme à avoir servi dans le camp retranché de Bir Hakeim, Suzan Travers, née au début du vingtième siècle dans une famille de l'aristocratie britannique, est une femme libre, émancipée, au courage insolent, passant d'une façon abrupte des frivolités de la Côte d'Azur de l'avant guerre aux différents théâtres d'opération de la seconde guerre mondiale (Finlande, Érythrée, Libye, Italie, France).



Cette histoire, outre un récit guerrier, est l'expression d'une femme amoureuse : « sous le feu des armes, elle a ainsi conquis le coeur d'un bel officier, authentique prince géorgien, puis celui du général Pierre Koenig, le héros de Bir Hakeim, à qui elle a sauvé la vie ». Bien mené, réjouissant, ce récit a parfois des relents d'histoire à l'eau de rose, mais cela ne devrait en détourner les lecteurs et ne gâche pour autant notre plaisir.

Ecrivain et journaliste, l'auteur, Gérard Bardy nous offre un merveilleux livre avec La Légionnaire. Notons qu'en 2000 Susan Travers, trois ans avant son décès, avait publié Tomorrow to be brave, chez Ted Demers and Rick Filon, traduit en français l'année suivante sous le titre de Tant que dure le jour (Plon, 2001). Elle y revenait tardivement sur sa vie, la guerre, ses amours et dévoilait surtout sa liaison avec le général Koenig.



Si vous souhaitez en savoir plus sur ce légionnaire hors du commun, nous n'en dévoilerons pas plus, alors achetez ce merveilleux livre.

Nous avons noté une petite erreur pour le sujet qui nous intéresse, « La Miss » ne fut pas la seule française engagée en Italie, puisqu'elles furent des centaines tant à l'arrière que sur le front.

Gérad BARDY, La Légionnaire, Paris, Pygmalion, 2014.

Livre disponible sur les sites de ventes en ligne et en librairie.

mardi 20 janvier 2015

La Serbie s'invite : entretien avec Slađana Zarić : Milunka Savić et les femmes de l'armée serbe pendant la Grande Guerre


Après la Russie, c'est la Serbie qui s'invite. En l'invitant nous réveillons cette vieille amitié qui unit la Serbie à la France.
Au travers de cette longue interview de Slađana Zarić, journaliste et rédactrice du programme d'actualité de la Radio télévision de Serbie, auteur du documentaire et créatrice de l'exposition "Milunka Savić - héroïne de la Grande Guerre", nous présentons les femmes Serbes, mais aussi étrangères, ayant combattu dans les rangs de l'armée serbe tout au long de la Grande Guerre, et tout particulièrement Milunka Savić, l'une des femmes les plus décorée de la Grande Guerre. Nous remercions vivement Slađana Zarić pour cette présentation passionante et merveilleusement illustrée, ainsi que Alain Chiron pour son aide.



Qui était Milunka Savić ?

Milunka Savić était sergent-major de l'armée serbe, combattante des guerres balkaniques (1912-1913) et pendant la première guerre mondiale (1914-1918). Elle sort de la première guerre mondiale comme la femme militaire la plus décorée de la Grande Guerre, ayant obtenu non seulement de hautes distinctions militaires serbes, mais également les plus hautes distinctions de l'armée française. En récompense pour ses prouesses, elle est décorée de l'Etoile serbe de Karageorges avec épées (la plus haute distinction pour un sous-officier de l'armée serbe), elle obtient les médailles d'officier et de chevalier de la Légion d'honneur française, la Croix de guerre, la médaille du courage Miloš Obilić et deux médailles commémoratives de la Grande Guerre.
D'autant plus intéressant, Milunka Savić s'engage dans les guerres balkaniques déguisée en homme. Les femmes n'étaient à l'époque pas autorisées à combattre au sein de l'armée serbe.
Elle s'est coupé les cheveux, a aplati sa poitrine, enfilé un uniforme et s'est présentée sous le nom de Milun Savic. Ce n'est que lors de la bataille de Bregalnica (1913), dans laquelle Milunka fût blessée, que l'on découvrit son identité. 

Portrait de Milunka en 1917


Elle participe à la Première guerre mondiale en tant que femme, au sein du prestigieux régiment de l'armée serbe, nommé Knjaz Mihailo. Elle prend part aux grandes batailles menées par l'armée serbe contre les Austro-hongrois en 1914, et plus tard à toutes les batailles importantes que les soldats serbes ont menées aux côtés des troupes françaises sur le Front de Salonique. En récompense pour le courage et l'ingéniosité dont elle a fait preuve lors des batailles de 1916 (qui se sont déroulées aux alentours de Bitola, en Macédoine), et durant lesquelles elle a capturé 23 soldats bulgares, elle est décorée de l'Etoile de Karageorges et de la médaille de chevalier de la Légion d'honneur.



Elle fût blessée à quatre reprises durant la guerre et hospitalisée deux fois à Bizerte, dans la base militaire française au nord de la Tunisie. A cette occasion, elle rencontre l'amiral français Emile Guépratte qui la décore de la Croix de guerre (le 4 juillet 1918) et probablement de la médaille d'officier de la Légion d'honneur.
Selon les archives, elle fût également hospitalisée à Marseille.

Son cas est-il unique ?

Durant les Guerres balkaniques et la Grande guerre, l'armée serbe comptait aussi d'autres femmes. Cela dit, dans les Guerres balkaniques, celles-ci étaient membres d'unités tchétniks de volontaires, tandis que dans la première guerre mondiale, elles combattaient au sein d'unités officielles de l'armée serbe.

Plusieurs femmes ont combattu aux côtés de Milunka Savić dans les guerres balkaniques.
La plus intéressante était Sofija Jovanović, une jeune Belgradoise exceptionnellement cultivée pour son époque qui fût le sujet de nombreux articles écrits par des journalistes étrangers. Le "Petit journal" publia une illustration de Sofija Jovanović. Dans les journaux serbes, on en parlait comme de la "Jeanne d'arc serbe". Elle fût décorée de nombreuses médailles de l'armée serbe pour ses mérites.

 
Antonija Javornik



Jelena Saulic


Sofija Jovanović a également participé à la première guerre mondiale. Elle était membre des unités de l'armée serbe chargées de la défense de Belgrade. Aux côtés de Sofija et Milunka ont combattu les institutrices Jelena Šaulić et Ljubica Cakarević. Durant cette période, la Slovène Antonija Javornik combattait au sein de l'armée serbe. Celle-ci a pris part à toutes les batailles menées en 1914 et 1915 et est sortie de la guerre sous le nom de Natalija Bjelajac.

Ce qui est particulièrement étonnant et qui contredit nos préjugés est le fait que toutes ces femmes étaient extrêmement belles. Les photographies conservées témoignent de leur féminité.



Parmi les femmes membres de l'armée serbe dans la Grande guerre, la plus intrigante était l'anglaise Flora Sandes. Celle-ci est arrivée en Serbie en 1914 comme infirmière, pour rejoindre plus tard en tant que combattante le régiment de Milunka Savić.
Selon ses propres confessions (des autobiographies de Flora Sandes ont été publiées en Grande Bretagne), Flora a tout d'abord tenté de rejoindre l'armée anglaise en tant que femme-soldat. Sa demande fût rejetée non seulement par l'armée anglaise, mais aussi par les armées belges et françaises qui, à l'époque, n'acceptaient pas de femmes dans leurs rangs. Elle devint femme-soldat de l'armée serbe et obtint la médaille de l'Etoile de Karadjordje avec épées pour l'héroïsme dont elle fit preuve dans les batailles de 1916. A la fin de la guerre, Flora Sandes est promue au grade d'officier et entre ainsi dans l'histoire serbe comme la première femme officier. Flora Sandes était la seule femme occidentale à combattre au front sur pied d'égalité avec les hommes durant la Grande Guerre. Elle était cultivée et originaire d'une famille sacerdotale anglaise.


Femme du bataillon de la mort

Mis à part l'armée serbe, à l'époque seule l'armée russe comptait des femmes. Au printemps 1917, celles-ci forment le premier "bataillon féminin de la mort", ce qui était également son nom officiel. Celui-ci était constitué de 300 femmes-soldats volontaires. Les Russes, eux aussi, avaient leur Milunka Savić - Maria Botchkareva surnommée Yashka, qui participa à la Grande Guerre dès 1914. Fidèle au tsar, elle fût exécutée par la Tchéka en 1920.
Il y avait des femmes combattantes dans l'armée monténégrine (Milica Mandov) et dans l'armée roumaine (Ecaterina Teodoroiu), mais celles-ci représentaient des exceptions.


Quel était son engagement dans la guerre ?

Milunka Savić était membre du régiment "Knjaz Mihailo", qui avait été, grâce à son courage, baptisé le "régiment de fer" par les Bulgares durant les Guerres balkaniques. Celui-ci était le régiment prestigieux de l'armée serbe, celui qui avait mené les batailles les plus féroces et qui se trouvait aux positions les plus importantes.
Milunka Savić était dotée d'un talent extraordinaire pour lancer des grenades. On raconte qu'elle parvenait à viser ses cibles sans faute. Dans de divers entretiens avec les journalistes, après la guerre, Milunka explique l'origine de son habileté à viser. Milunka a grandi à la campagne où elle passait la plupart de son temps à garder les moutons. Les enfants bergers s'amusaient à viser divers objets avec une pierre. C'est ainsi, grâce à cet innocent jeu d'enfant, que Milunka a appris à viser ses cibles dans de diverses circonstances. Elle a participé à de nombreuses attaques à la bombe. Lors de l'une d'entre elles, elle a réussi à détruire la forteresse de l'ennemi et à capturer 23 soldats bulgares.



Combattait-elle en uniforme?

Toutes les femmes-soldats de la première guerre mondiale faisaient partie de l'armée officielle de Serbie et combattaient en uniforme. Certaines d'entre elles (Milunka Savić, Flora Sandes) ont obtenu les décorations militaires les plus prestigieuses et ont terminé la guerre avec de hauts grades militaires.

Milunka en uniforme, 1917.


Pourquoi les femmes serbes se sont-elles engagées dans la guerre et contre qui  ?

La question logique qui s'impose est la suivante: pourquoi certaines femmes ont-elles combattu dans l'armée serbe durant la Grande Guerre? La Serbie était un petit pays attaqué à qui chaque aide, chaque fusil était indispensable. Il suffit de prendre en compte que lors de la grande offensive allemande, austro-hongroise et bulgare en automne 1915, 800 000 soldats ennemis ont attaqué la Serbie, dont l'armée ne comptait que 350 000 soldats. Ainsi, chaque combattant lui était précieux. Il n'était certainement pas question d'une société développée et démocratique qui soutenait l'émancipation des femmes. La Serbie était alors un petit pays pauvre et sous-développé.

En ce qui concerne les guerres balkaniques, le contexte était différent. Ces guerres furent menées par de petits pays des Balkans (la Serbie, le Monténégro, la Grèce et la Bulgarie) réunis pour la libération des territoires que l'Empire Ottoman avait conquis plusieurs siècles auparavant. La guerre des Balkans était, en Serbie, une guerre populaire. D'après les témoignages, il y avait plus de volontaires qu'il n'y avait d'armes. Nous pouvons en trouver la cause dans l'histoire serbe et dans le fait qu'au 14ème siècle, les Ottomans avaient conquis des territoires qui formaient autrefois le coeur de l'Etat de Serbie (Le Kosovo, la Macédoine - dans l'historiographie de l'époque, ces régions étaient connues sous le nom commun de la Vieille Serbie). C'était donc une guerre populaire menée afin de libérer ces territoires, ce qui explique la participation de femmes combattantes.


Etaient-elles engagées seulement comme combattantes ?

En Serbie, les femmes n'ont pas uniquement pris part à la Grande Guerre en tant que combattantes. Elles ont également apporté leur contribution à la guerre en tant qu'infirmières.

L'exemple le plus connu est celui de l'artiste célèbre Nadežda Petrović, qui avait attiré beaucoup de visiteurs à ses expositions indépendantes à Paris et à Rome avant la guerre. Elle a participé aux guerres balkaniques et à la Grande Guerre en tant qu'infirmière. Elle est morte du typhus lors de l'épidémie qui régnait en Serbie en 1915.

A part les femmes serbes, les Anglaises, les Américaines, les Danoises, les Australiennes, les Grecques et les Russes ont également joué un grand rôle en Serbie en tant que membres de missions médicales à cette époque-là. Elles travaillaient comme infirmières, mais étant donné le manque de personnel médical, elles étaient obligées d'exercer les fonctions de médecins et chirurgiens. Elles conduisaient et s'adonnaient aux travaux qui étaient alors réservés aux hommes (les femmes ne pouvaient alors ni conduire, ni travailler comme médecins). Dans leurs mémoires, en dépit des horreurs de guerre, beaucoup d'entre elles décrivent cette période comme la plus belle de leur vie, comme l'époque où elles se sont émancipées et où elles ont prouvé leurs capacités. La plupart des Anglaises qui venaient en Serbie étaient soit membres, soit partisans du mouvement des Suffragettes qui se battait pour les droits des femmes.


Milunka est-elle parvenue à commencer une nouvelle vie de femme après la guerre ?

L'histoire passionnante de Milunka Savić n'est pas seulement celle d'une femme courageuse qui est partie combattre aux côtés des hommes pour la libération de son pays. C'est également l'histoire d'une femme remarquable qui a continué, après la guerre, à affronter de manière héroïque et humaine toutes les difficultés de la vie.
Etant donné qu'elle n'était jamais allée à l'école, dans la période d'après-guerre, Milunka a travaillé comme femme de ménage dans des banques, au ministère des Affaires étrangères du Royaume de Yougoslavie ainsi que dans les bars de Belgrade. Ces petits-enfants affirment qu'elle n'était pas insatisfaite de son travail, qu'elle était consciente de ses capacités et qu'elle n'avait pas honte de son rôle de femme de ménage. Ils disent qu'elle avait toujours quelques emplois supplémentaires. Elle donna naissance à une fille mais son mariage fût de courte durée. Milunka adopta trois autres filles.
Elle les a élevées et a financé leur scolarité avec son salaire de femme de ménage. L'une des filles qu'elle a adoptée à l'orphelinat était mentalement handicapée. Milunka a également aidé trente enfants à se scolariser. La plupart d'entre eux étaient originaires de son village. Elle les a amenés à Belgrade et leur a offert ce dont elle avait elle-même été privée - une scolarité.

Milunka en 1966.


Qu'a-t-elle fait pendant la seconde guerre mondiale ?

Lorsque la seconde guerre mondiale a éclatée, Milunka Savić était relativement âgée. Elle avait entre cinquante et soixante ans et ne pouvait donc pas participer aux combats en tant que soldat. Elle défiait la loi en aidant certains combattants. Selon les documents trouvés dans les archives, on conclut qu'elle aidait les membres du mouvement antifasciste qu'elle dissimulait dans sa maison à Belgrade. Elle leur fournissait des médicaments et a ainsi formé un mini-hôpital secret. Même si certains médias serbes affirment qu'elle a été capturée et retenue dans un camp de concentration nazi à Belgrade, aucune preuve n'en a été trouvée dans les archives.

Peut-on trouver des livres consacrés à ses exploits ?

Les Serbes ne savaient que très peu sur Milunka Savić, la femme soldat la plus décorée de la Grande Guerre. La cause en est le passé politique de ce pays. Dans la période d'entre-deux guerres, lorsqu'a été formé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, plus tard nommé le Royaume de Yougoslavie, il n'était pas recommandé de parler des héros de la Grande guerre, car ceci aurait été perçu parmi les Croates et les Slovènes comme une favorisation de l'hégémonie serbe. Après la seconde guerre mondiale, dans la Yougoslavie socialiste, d'autres héros et une autre guerre étaient populaires. Ce n'est qu'à notre époque que Milunka Savić a obtenu une place dans les manuels d'histoires, dans les livres et les musées. Il est particulièrement intéressant de savoir que Milunka ne figurait pas dans les musées serbes, mais qu'une partie du musée de la Grande Guerre à Meaux lui était consacrée. Milunka Savić fût enterrée dans un caveau familial, sans aucun symbole de l'Etat. Après l'exposition lui étant consacrée et la première du documentaire "Milunka Savić - héroïne de la Grande guerre" (2013), ses restes ont été transférés dans l'Allée des Grands au cimetière de Belgrade.
L'exposition et le documentaire ont fait découvrir aux Serbes, pour la première fois, les photographies de son album familial ainsi que les médailles dont Milunka a été décorée durant la Grande Guerre.






Saviez-vous que l'on parlait beaucoup d'elle en France pendant la Grande Guerre ?

Milunka Savić attirait certainement l'attention et éveillait la curiosité des soldats français rencontrés sur le Front de Salonique ou lors de son rétablissement dans les hôpitaux de Bizerte et de Marseille. A l'époque, il était rare de voire une femme parmi les soldats. Les médailles qui ornaient sa poitrine provoquaient une admiration générale. Ces années-là, les photographes français ont fait les plus beaux portraits de Milunka. A l'époque, les photographies étaient développées comme des cartes postales. Sur l'une d'elles, Milunka pose avec le drapeau français et le drapeau serbe comme symbole des relations amicales de ces deux pays. N'ayant pas eu accès aux archives des journaux français, je ne dispose pas de données sur l'attention que les journalistes français ont alors porté à cette combattante décorée. Nous avons des photographies datant de l'après-guerre sur lesquelles on peut voir Milunka Savić en compagnie du président français Paul Doumer. Ces photographies ont été faites à l'occasion de la visite de la délégation serbe en France en 1931.

Slađana Zarić est journaliste et rédactrice du programme d'actualité de la Radio télévision de Serbie. Elle est l'auteur du documentaire et créatrice de l'exposition "Milunka Savić - héroïne de la Grande Guerre". 

samedi 22 novembre 2014

LIVRE : LES FEMMES SNIPERS RUSSES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE, de Youri Obrazisov et Maud Anders (Mots-Clés : Russie, seconde guerre mondiale, snipers)


La Russie s'invite encore aujourd'hui et nous en sommes plus qu'heureux avec un bien bel ouvrage : Les Femmes snipers russes.

Pendant la seconde guerre mondiale des milliers de femmes russes ne se contenteront pas de fabriquer des munitions ou de s'entrainer au maniement des armes dans le cadre du Vsievoboutch, car elles prendront une part active aux combats en devenant aviatrices, infirmières, tankistes, en servant dans les communications, les transmissions, la défense contre avions mais aussi comme snipers dès le début du conflit.



Outre les métiers d'infirmières, de pilotes, etc., celui de sniper fut l'un des plus dur. Alors qu'au commencement, en Union Soviétique, les femmes snipers sont des cas isolés, leur nombre augmentera grâce à la création de l'Ecole principale de préparation des femmes snipers et la volonté chez nombre d'entre elles d'aller au front. Un métier difficile qui demande de l'endurance, de la discrétion, du sang froid et beaucoup de patiente. Tout comme leurs homologues masculins, l'objectif qui leur est assigné est « d'atteindre les cibles à haute valeur telles que les officiers, les mitrailleurs, les snipers adverses et les transmetteurs. » « Elles vont se trouver confrontées au feu ennemi, au danger direct, à la menace de se faire arrêter par les Allemands et torturées, aux difficultés météorologiques, à la boue, au grand froid hivernal ou la chaleur en été, à l'immobilité pendant des heures et des jours. »

Ce merveilleux livre de Youri Obrazisov et Maud Anders, traduit du russe, nous compte l'histoire des ces femmes intrépides et courageuses plongées jusqu'en 1945 dans la Grande Guerre patriotique. Elles s'appellent Maria Ivouchkina, Nina Lobkovskaya, Roza Chanina ou encore Ludmilla Pavlitchenko qui, à elle seule, tua 309 soldats et officiers ennemis. Outre ces figures de premier plan,  Les Femmes snipers présente l'armement utilisé, la formation qui leur est donnée, les combats auxquels elles prirent part et les décorations qu'elles reçurent pendant et après la guerre. Un très beau livre bien documenté qui comblera les amoureux de l'armée soviétique. Quelques pages sont également consacrées aux snipers du camp adverse.


Youri Obrazisov et Maud Ander, Les Femmes snipers russes de la seconde guerre mondiale, Paris, Histoire et Collections, 2014, 112 pages. 24,95 euros.



Les livres en langue française sur les femmes russes engagées dans le second conflit mondial étant trop rares voici quelques titres pour aller plus loin :

Elena Rjevskaïa, Carnets de l'interprète de guerre, Christian Bourgeois éditeur, 2011(Très bon livre écrit par une interprète russe d'origine juive dont la campagne la mena jusque dans le bunker d'Hitler à Berlin. Un récit libéré de toute influence politique) ;



Adrian Steather, Red and Soviet military and paramilitary services : female uniforms, 1941-1991, Veloce 2010 (un livre sur les uniformes féminins sans grand intérêt et des reconstitutions à la limite de l'indécence) ;



Bruce Myles, Les Sorcières de la nuit, Paris, Albin Michel, 1993 (excellent ouvrage sur les aviatrices soviétiques pendant la seconde guerre mondiale, particulièrement celles des 586, 587 et 588e régiments d'aviation) ;



Valérie Bénaïm et Jean-Claude Hallé, La Rose de Stalingrad, Flammarion, 2005 (ce livre relate l'histoire de Lydia (ou Lily) Litvak l'as féminin aux 21 victoires morte au combat en 1943 à l'âge de 21 ans et membre du 586e régiment de chasse) ;

Svetlana Alexievitch, La guerre n'a pas un visage de femme, éditions 84, 2005 (très bon livre sur les récits de femmes russes dans la 2e guerre mondiale, malheureusement en couverture se trouve une femme du bataillon de la mort créé pendant la première guerre mondiale. Cependant un livre incontournable).